Retour sur le passé.

Il suffit d’une mort, de photos brassées à cette occasion, et surgit cette évidence : le temps passe ! C’est tellement banal, dit comme ça, aseptisé par le quotidien, qu’il faut ce précipice pour en ressentir dans tout son être la réalité.

Les réalités, faudrait-il dire, tant s’entrechoquent terrible fatalité et sourires du vécu.

Ainsi, plongé dans ces photos, surgissent, diaphanes, des bribes d’expositions lointaines. Peu de choses, le temps n’était pas au numérique et son foisonnement creux, mais à la parcimonie besogneuse. Mais de ces maigres traces émerge une énergie juvénile dont on s’étonne. J’étais capable de faire ça !?

Retour sur le passé.

Juillet 1994 à Paray le Monial ; le cloitre du Prieuré jouxtant la basilique romane, joyau de l’art clunisien, est vibrant de formes et matières colorées. Peintures et sculptures voient les uns. « Etrons » inconvenants écrivent d’autres. Recommence la révolte vécue contre le Chemin de croix deux ans auparavant. Dans une belle unité, « cathos » et « laïques » s’excitent ; les premiers encore englués dans leur refus d’une telle approche des thèmes chrétiens, les seconds ne pardonnant pas à l’un des leurs de s’y confronter. Mais cela n’empêche pas le déploiement dans tout l’espace majestueux de 20 années de création en charolais. Raccourci étonnant où il s’avère que des taches gestuelles colorées des années 70 aux laques étincelantes les plus récentes, une cohérence spirituelle s’impose. Rien à voir formellement, mais la même énergie vitale. Mince alors !

Autre « mince alors ! » : comment avais-je la force de mener tout ça, les œuvres et l’exposition ?Même avec l’aide précieuse de nombreux amis. Surtout que le projet ne se limitait pas à cette mini « rétrospective ». Deux autres lieux étaient sollicités.

La Bibliothèque parodienne accueillait un ensemble d’œuvres en hommage à des écrivains ayant marqué toutes ces années-là. Le poète/éditeur Pierre Seghers qui fut un de mes premiers soutiens, les poètes René Char et Pierre Jean Jouve, et le merveilleux Samuel Becket. Sous l’aura rayonnante de Reiner Maria Rilke. Plein de beau monde.

Et, à l’écart dans la campagne brionnaise, l’église romane d’Anzy le Duc accueillait le Chemin de Croix litigieux. Devenu itinérant après 1992 c’était sa deuxième « station » avant le périple qui, passant entre autres à Baume les Messieurs, le couvent de la Tourette, Chapaize, s’achèvera dans le Jura suisse au Noirmont où il demeure.

Retour sur le passé … pas de nostalgie, mais plutôt un émerveillement sur lequel s’appuyer pour continuer, différemment car les forces ne sont plus les mêmes, les besoins non plus. Le silence et la nuit demandent plus de retenue … mais ils sont nés à ce moment-là.

L’exposition « 20 ans à Paray » était organisée en partenariat avec l’Office de tourisme de Paray le Monial, la bibliothèque municipale et la paroisse d’Anzy le Duc. Elle dura du 8 au 31 juillet 1994.

Images, de gauche à droite :

  • 1 - En premier plan un des deux « Mazille », dédiés aux carmélites de ce lieu ouvert sur le monde près de Cluny. Nouvel essai de sculpture en tôle laquée, après de « Monument à Van Gogh » déjà évoqué dans ces « Regard sur ». Derrière, un aperçu de l’évolution formelle au cours des 20 années.
  • 2 – Le Mazille jaune, plus hiératique. Véritable « four solaire » aveuglant.
  • 3 – En premier plan « Annonciation », un des toutes premières œuvres où la recherche de couleur dans l’espace devient vraiment sculpture. Au fond le portail d’entrée du cloitre dans la Basilique.
  • 4 – Dialogue de deux des stations du Chemin de Croix avec un des chapiteaux de l’église d’Anzy le Duc.
UN COIN DE PASSÉ