EVRY 2015

Début janvier 2015, exposition « Paroles de silence » à Evry :

« Voleur de silence.

De nombreuses années, les œuvres sont nées lors des oraisons vespérales des religieuses du Carmel de Mazille en Saône et Loire.

L’éloignement géographique n’a pas altéré la quête de ce silence à la fois plein et tellement léger qu’il semble porter la respiration du monde. D’ailleurs il en naît. Aussi bien dans ses tremblements terrifiants que d’un brin d’herbe ployant sous le poids d’un insecte.

Dans la gravité et le sourire, offrande et partage, il va au monde.

De même, si l’œuvre d’art, comme toute création humaine, si minime soit-elle, participe de la transfiguration de ce monde par sa seule existence, c’est bien dans l’échange qu’elle agit en plénitude.

Mais dès lors, ce silence n’est-t-il pas dénaturé ? L’homme a si vite tendance à bavarder et se vouloir porteur de messages. Déjà Elie rencontrant Dieu sur le Mont Horeb dans « un bruit silencieux », ne tarde pas à quitter ce moment de grâce pour retourner s’agiter dans le monde, à l’instar de Zarathoustra quittant sa grotte, son serpent, aigle et soleil.

Les peintures et sculptures présentées dans cette exposition, couvrant les 20 dernières années, se situent sur cette ligne de crête. Nées de la vie, elles ne sont que bribes de temps suspendus, tentatives pour transmuter cette vie en lieux de Présence vivifiante.

En toute humanité. »

Dans la belle salle de l’Agence Nationale pour les Arts Sacrés, suspendue au-dessus du chœur de la Cathédrale d’Evry, nous sommes plongés dans l’installation de l’exposition. L’équipe, d’une efficacité remarquable sous la houlette de son président Jean Marie Gauthier, fait vivre peu à peu le projet sur lequel j’ai travaillé de longs mois, avec ce casse-tête du mur de 20 mètres de long sur 5 de haut. Bonheur !

Le 7 janvier, veille du vernissage, nous sommes affairés à réaliser une vidéo. C’est en fin d’après-midi que nous apprenons l’attentat contre « Charlie », et il nous faudra un long temps pour réaliser la réelle portée de l’évènement. Rentré chez les amis qui me logent, c’est alors l’abattement, un gouffre sous les pieds. Même si depuis bien longtemps je me suis éloigné d’eux, je réalise à quel point Cabu et ses copains sont toujours dans mon cœur.

Et que faire ? Tout ce que nous avons préparé pour le lendemain devient obsolète. Et, un temps, je le pense pour l’exposition elle-même.

Echange au téléphone ou l’on se retrouve sur « continuer », et transformer ce vernissage en hommage. Avec, d’abord, symboliquement, ces bougies placées aux pieds de l’ensemble qui ouvre l’exposition « Les Martyrs », dont, étrangement, la présence n’a été décidée que peu avant le transport des œuvres.

Mondanités oubliées, c’est dans l’émotion et le recueillement que se déroule ce « coup d’envoi », en accord avec ce qui est présenté. Depuis bien longtemps je me suis rendu à l’évidence que mon travail porte en lui ce silence qui offre un instant une respiration régénératrice que le texte d’introduction à l’exposition cité ci-dessus tente d’exprimer.

Cinq ans déjà ! il devient de plus en plus absurde, dans ce monde de bruits et de fureurs, de faire entendre ce léger souffle de chaleur.

 Que faire ?

Regard sur