JOURNAL JOURNAL 38

Publié le samedi 29 avril 2017 à 07h46

JOURNAL JOURNAL 38….C’était il y a 50 ans….Une pièce circulaire. Mur nu en pierre apparente. Une porte, et fenêtre ouvrant au nord-ouest sur la plaine de la Grosne en contrebas.

            C’était au deuxième étage d’une tour d’angle du château de Nobles, niché au creux d’un virage de la route qui monte de Chapaize à Brancion, et rejoint plus à l’est la Saône à Tournus.

            Hauts lieux romans !

            L’église de Chapaize (image 1) avec son clocher élégant dressé sur la plaine, celle de Brancion (image 2) comme un rocher sorti naturellement de terre, dominant cette plaine sur son éperon castral. La première à l’espace intérieur lumineux, élancé avec ses piles cylindriques, l’autre comme une grotte, perdant peu à peu ses peintures dans l’humidité qui suinte.

            Et alentour, Malay, épure parfaite ; des bijoux de simplicité : Ougy, Chazelle, Lys ; Blanot la minérale au fond de son cirque, Saint-Hyppolite, ruine majestueuse avec son clocher fortifié ; Lancharre à la nef effondrée, mais dont le chevet intacte recèle quelques remarquables pierres tombales, et qui s’enchante depuis peu avec les magistraux vitraux du verrier belge Jean Marie Géron (image 3).

            Terre romane dans l’aire de Cluny dont la grande abbaye irriguait l’Europe à quelques kilomètres de là.

            Ma terre.

          C’était en l’été 1967. J’avais rejoint la petite colonie d’étudiants des groupes « cathos » des écoles d’art de Paris, pour lesquels Nobles était un lieu d’accueil les étés. Vie en communauté, partage spirituel, repos au grand air, et théoriquement travail. Mais les chaises longues servaient plus que les planches à dessin et les chevalets.

            Dans la salle ronde, cependant, trônait le mien près de la fenêtre.

          J’étais venu quelques jours en voisin, et en vélo, retrouver compagnes et compagnons d’étude. En voisin car je « squattais » régulièrement une maison familiale au cœur du village de Cormatin, tout près de là en bord de Grosne. Maison est presque un bien grand mot. Courette sur la rue, escalier et galerie de poche, 2 pièces en enfilade, cuisinière à bois, eau froide sur l’évier en pierre; et je n’évoquerai pas les sanitaires. Bref, le Paradis !

            L’été 1967 était chaud, mais la tour du château, un havre de fraîcheur. La toile blanche posée sur le chevalet prenait des couleurs. A 20 ans, cela faisait déjà 7 à 8 ans que l’essentiel de mon énergie se déployait dans la peinture, malgré les récurrentes velléités d’écriture. Les premiers paysages à l’huile révélaient une forte influence impressionniste (voir la première image du diaporama « parcours » dans l’onglet démarche du site), mais s’y mêlèrent bien vite quelques incursions formelles sous influence : Giacometti, Rodin, Modigliani, le cubisme de Mondrian,…. Et la découverte de l’abstraction, en particulier lyrique ou gestuelle, commençait à me travailler au plus profond. Un véritable appel.

            Et c’est dans la tour ronde de Nobles que j’affrontais alors ma première peinture abstraite (image 4). Dans cet espace vide et uniforme, j’essayais de combiner une image forte en moi de feuillages lumineux et un travail de formes non figuratives. Aucun repère, ni sur la toile, ni autour sans accroche pour le regard. La fenêtre ? Un piège pour s’évader. La porte ? Autre piège par lequel entraient les amis qui venaient voir le travail, et donnaient tout à tour leurs conseils. Belle cacophonie qui ne m’aidait pas à savoir ce que je faisais là.

            La vraie aventure en peinture commençait.

           Avec, dés le départ, cette ambiguïté sur ma démarche d’abstraction. Elle semble alors dans la lignée d’un rapport au réel exploré par Cézanne et les cubistes, mais bascule en même temps dans un pur jeu formel. Rétrospectivement, après 50 ans, il me semble que je n’ai jamais été un véritable abstrait. J’ai longtemps refusé toute trace d’apparence du réel, mais en fait celui-ci est toujours resté sous-jacent, nourriture vitale. Et si j’ai usé parfois de cette appellation « neutre » de « composition », pour l’essentiel mes œuvres avaient un « sujet », que celui-ci soit décidé, ou découvert en cours de travail.

          Il m’est, maintenant, relativement indifférent que des formes figuratives s’imposent dans mon travail. Mais je ne les cherche pas, même lorsque je peins des « figures ».

           Curieusement, si j’ai exploré bien des voies formellement différentes, il me semble avoir été toujours creusant le même sillon (voir là aussi le diaporama cité plus haut). J’avais, en 1993, lors d’une exposition dans le cloître de la Basilique de Paray le Monial, fêté 20 années de travail dans cette ville. J’y présentais des œuvres jalonnant toute cette période, allant du gestuel à des « presque » monochromes, jusqu’à un retour de la lumière et de l’espace. Or, ce qui frappait, c’était la cohérence, l’unité de l’ensemble.

            A voir sur 50 ans ?

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