JOURNAL JOURNAL 35

Publié le samedi 29 avril 2017 à 07h37

JOURNAL JOURNAL….J’avais prévu de parler « sérigraphie » car, partie ma belle table d’impression, compagne de plus de 40 ans !...Nouvelle vie. Et puis me voilà rattrapé par l’actualité et un « Brouillard » de bien sombre allure. Ainsi, donc, des nouveaux Van Gogh seraient découverts. Rien à redire à une telle éventualité, tellement le peintre a laissé d’œuvres un peu partout. Il y en a forcément encore cachées en des lieux improbables. Mais de là à imaginer un carnet entier de dessins émergeant avec tambours et trompettes médiatiques !!! Byzance !

Et jubilation quand la nouvelle m’arrive aux oreilles. Puis, tout de suite interrogation, car voilà que les bataves de la Fondation Van Gogh, dépositaires du droit moral sur les œuvres, renâclent, soupçonnent, rejettent.

Vite, voir. Et….Pfuittttt….la grenouille se dégonfle. Je ris ou je pleure ? Si le portrait qui figure en couverture du livre présentant les dessins est un Van Gogh, c’est moi qui ai peint la Joconde. Et tout à coup je me sens profondément blessé, outragé par l’humiliation imposée à ce vieux compagnon. Lui faire ça, lui faire endosser la paternité d’un truc pareil !

Très vite, j’essaye de comprendre pourquoi j’ai la certitude absolue de cette impossibilité. Mettant de côté les arguments, pourtant bien convaincants, des hollandais, je mène une enquête fébrile m’obligeant à bien clarifier mes pensées, en oubliant le dessin lui-même pour me concentrer sur son incompatibilité avec l’œuvre de van Gogh.

            Deux choses me sont apparues évidentes immédiatement : l’absence de formes rigoureuses dans le visage, et le remplissage gratuit du « fond ». Si le vocabulaire de tracés à la plume de la période arlésienne est bien là, son utilisation hasardeuse, mécanique, sans articulation de chacun d’eux avec les autres est sans rapport avec la subtilité de Van Gogh. La démarche du peintre est pourtant immuable tout au long de ses 10 années de création picturale:

            En premier, une assise la plus réaliste possible avec, pour les portraits, une volonté farouche de préciser les formes du visage ; aucun n’est déformé, approximatif comme celui de ce soi-disant autoportrait sans relief ni vigueur, avec les différentes parties disjointes.

            S’y combine une caractérisation visant à l’expression où Van Gogh accentue certains aspects plastiques comme les points et tirets à Paris, les aplats colorés à Arles, les courbes à Saint Rémy de Provence.

            Dans tous les cas l’entourage du visage – vêtements, fond – est réalisé en lien étroit avec celui-ci, toujours dans le but de le mettre en évidence. Dans ce dessin, au contraire, tout est confusion chaotique, donnant presque l’impression d’une volonté de l’auteur de faire « dessin de fou », vaguement halluciné, suivant une vision assez consensuelle de l’œuvre de Van Gogh….mais sans rapport avec celle-ci.

            Les images 2, 3, et 4 peuvent nous éclairer. Ce sont, volontairement, des dessins de même technique et même époque que celle qu’on pourrait attribuer à ce portrait.

            L’image 2 est un dessin à partir d’une peinture, « Les meules », du printemps 1888. Comme la majorité de ceux de la période française, il est destiné à un correspondant pour lui donner une idée du travail en cours, ici le peintre JP Russell. Il est intéressant car utilise les mêmes signes graphiques que notre « autoportrait »…mais avec du sens car ils aident à la compréhension des formes, en particulier dans les brins de paille restés au sol jusqu’à l’ascension de la meule principale.et son sommet échevelé.

            L’image 3, propose une autre interprétation à partir d’une peinture – portrait de Patience Escalier – et destinée à Théo, frère de Van Gogh, exemple parfait de la maîtrise, la clarté, la subtilité. L’opposé exact du pseudo Van Gogh, et travail habituel du peintre.

            L’image 4 est rare. C’est presqu’un dessin « automatique ». Réalisé sur un bout de papier alors qu’il écrivait une lettre, il évoque la tête d’une gamine rencontrée dans la rue peu auparavant. Van Gogh explique que, dans sa fatigue, son esprit s’est mis à vagabonder et a rêvé cette enfant en…florentine du temps de Boccace… « Griffonnage » qui nous montre à quel point, même dans un tel instant de distraction, les formes restent fermes, cohérentes, variées et organisées.

            On ne se refait pas. Un peintre a en lui une structure, qui sous-tend le travail, même dans ses évolutions. Van Gogh, a façonné son apprentissage hollandais de 1880 à 1885 sur la maîtrise des formes, de l’espace et du réalisme. Il a trimé pour ne plus avoir à se battre avec ces questions, s’appuyer sur ces acquis pour pouvoir dessiner et peindre rapidement, et ainsi être libre dans l’invention plastique et l’expression. Ça va lui permettre aussi de se replier sur ces fondations lorsqu’il sera affaibli après ses crises épileptiques. Il est symptomatique qu’à chaque fois, après l’arrêt total du travail, la reprise se fait par la sagesse des formes et des couleurs, en particulier avec des copies d’autres peintres, Millet le plus souvent. Même dans une telle hypothèse, le pseudo-autoportrait serait incongru.

            Ceci dit, c’est bien entendu l’ensemble du « Brouillard » qu’il faudrait analyser ainsi, même si on peut difficilement imaginer l’introduction d’un seul faux parmi un ensemble authentique. Une étude plus complète demanderait de considérer le carnet entier, avec l’ordonnancement, les dimensions, les techniques….et surtout sa fonction dans la démarche de van Gogh à un moment où celui-ci ne nous a laissé que des dessins sur des feuilles séparées, avec des choix de papier précis en fonction de ses objectifs.

            A suivre donc….mais tout de même, quand une pomme est pourrie dans le panier…. !

 

 

Pas d’agenda….mais un futur numéro pour Noël où j’évoquerais encore Van Gogh, mais de manière plus joyeuse.

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