JOURNAL JOURNAL 34

Publié le samedi 29 avril 2017 à 07h33

JOURNAL JOURNAL…..Fouiller ? trier, classer,….jeter ! Lot de tous ceux qui quittent un lieu pour un autre. Je parle de ceux qui ne sont pas contraints de prendre la route, violemment, brutalement. Là, le tri est vite fait. Non, j’évoque les privilégiés comme moi qui ont le temps de se plonger dans l’océan des accumulations pour alléger le déplacement vers d’autres cieux. Deux solutions. La table rase pragmatique : jeter un coup d’œil, identifier,….poubelle ! Ou la boîte de Pandore : Regarder, identifier….Quoique…Est-ce vraiment ce que ça a l’air ? Qu’est-ce qui se cache ? Et rester des heures à rêvasser dans les souvenirs, hésiter, trouver toujours une bonne raison pour garder, ou repousser le temps de la décision en « mettant de côté ».

         Si je suis dans cette situation « tous azimuts » en ce moment, ça a été particulièrement crucial en préparant ma conférence du 21 novembre autour des artistes qui accompagnent ma démarche de peintre depuis ses origines. Qui ? Pas de place pour tout le monde. Il suffit de regarder la liste de tous ceux qui m’ont « titillé », un jour ou l’autre, déroulée dans le supplément du JOURNAL 2 en janvier 2014 pour saisir le problème. Fouiller, trier…..Tout ce monde, qui continue de s’agrandir comme avec le Douanier Rousseau évoqué il y a peu.

         Il y a, bien entendu, des évidences. Rembrandt et Van Gogh, présents depuis « toujours ». D’où viennent-ils ? Qu’est-ce qui les a imposé à ma vie, et en a fait des compagnons d’une telle proximité ? Si quelques instants de jeunesse semblent éclairer la découverte progressive de Van Gogh, cela ne dit en rien pourquoi lui. Quand à Rembrandt, pourquoi un de mes premiers « exposé » d’étudiant parisien a-t-il porté sur ses gravures ? Comment les avais-je connues ? Et si j’entrevois maintenant en quoi leurs œuvres comptent dans mon travail, ils sont plus là comme figures tutélaires, voire fraternelles ou paternelles.

         C’est, de même, le cas pour Nicolas de Staël. Lui, je sais l’origine, très conflictuelle de notre rencontre. Voir le JOURNAL 4 d’avril 2014. Ce qui reste mystérieux, c’est la raison pour laquelle il est devenu, peu après, essentiel. Et lui s’est clairement mêlé à mon travail dans les années 70. Avec son parfait opposé, Bram van Velde. Ce qu’ils ont pu m’en faire voir, ces deux là, alors que je balbutiais dans mes premières recherches abstraites ! Pris entre le marteau et l’enclume. D’un côté le feu dévorant du slave Nicolas, construisant ses masses colorées comme un fort de halles…et tout aussi capable de vous faire sentir les battements d’ailes de mouettes qui vous survolent dans un ciel gris (image1). De Staël, la preuve que le débat entre abstraction et figuration est un faux problème. Quand à Bram van Velde, c’est, à l’opposé, la force – en apparence tranquille – du geste porté par le doute. La lenteur et la légèreté. Avec Bram, « circulez il n’y a rien à voir », mais vous restez fasciné par la présence de ce rien. Sa peinture : comme l’approche de Dieu par la voie négative ; on ne peut la « dire » que par ce qu’elle n’est pas (image 2).

         Et puis tous ces chocs qui vous laissent à jamais changé. Les pelotes de fils gris sale des visages de Giacometti, têtes d’épingles denses comme des trous noirs. Je leur dois ma première peinture à l’huile. Le ciel qui se noie dans les Nymphéas de Monet. L’émotion, encore là à chaque fois que j’y pense, devant les collages « Jazz » de Matisse (image 3) un jour de juin 1966. La couleur existait ! Autre noyade, les mêmes années, dans les « champs colorés » des américains Rothko, Newman, Ad Reinhardt. Silence ! Comme devant une peinture de La Tour, au cœur d’une église romane, ou dans la nuit d’une grotte préhistorique. S’enfoncer à Rouffignac dans cet espace qui se réduit progressivement puis, au bout de 3 km, sous le plafond habité d’animaux (image 4), que même les peintres ne pouvaient voir à la lueur des faibles lampes à graisse, couchés, nez à 60 cm de la paroi, toucher l’origine de l’art.

         Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi ?

         Peindre, presque rien, un monde.

 

 

AGENDA :

 

Lundi 21 novembre à 14h30

Conférence : « Rembrandt, Van Gogh, et autres compagnons de vie »

Proposée par la Commission diocésaine d’Art sacré

Centre diocésain de Pastorale, 133 avenue de la République - Clermont Ferrand

Tram : La Gravière

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