JOURNAL JOURNAL 33

Publié le samedi 29 avril 2017 à 07h31

JOURNAL JOURNAL….Au commencement étaient les marches….David, l’employé municipal, vient de terminer le nouvel escalier qui mène au « grenier » de l’église de Pignols, et a aligné contre un mur les 7 marches d’origine. 7 beaux morceaux à peine équarris, la plupart en chêne, installés vers le 16ème siècle. « Tu les veux ? ». Disant cela il pensait à ma cheminée. Je les veux, c’est certain, mais pas pour les brûler. Pensées vers le Facteur Cheval et ses cailloux ramassés le long de ses tournées. La nature fournissait les sculptures, « y’avait plus qu’à »construire le Palais pour les recevoir….plus qu’à….Là, j’avais devant moi 7 sculptures, déjà comme 7 figures en attente. Autre pensée, vers Michel Ange et ses « esclaves » pour le tombeau de Jules II, inachevés, émergeant à peine de leur bloc de marbre. Douleur de l’âme prisonnière.

            Voilà les marches contre le mur de l’atelier. Plus que 6 car l’une d’entre elles était décidément destinée à la cheminée ; œuvre du temps. « Plus qu’à » trouver leur âme. Cela va durer presque 3 ans. D’abord à regarder, palper, imaginer. Ensuite à intervenir prudemment avec les outils. Accentuer tel creux, polir un peu ailleurs. Juste des accents pour souligner ce qui est déjà là. Avec toujours présent à l’esprit que ce sont des enfants du Moyen Age, d’arbres plantés au Moyen Age. Mais qui sont-ils ?

            Puis sont venus les supports. Rien que ça, toute une histoire et des insomnies. Ne pas me demander pourquoi. C’est comme ça ! Et pareil pour les bandes de tissus après la sous-couche rouge.

            Et un long temps, rien. Rien pour l’action. Ils restent sagement visibles dans un coin, regardant se faire et passer plein de jeunesse colorée. Jusqu’à ce jour d’évidence où avec ces matières étranges, ces bandelettes, me reviennent des images de fusillés de la « Grande Guerre », et par glissement, les « Otages » de Fautrier des années 45. Ils étaient là devant moi ces mutilés informes attachés à leur poteau.

            Progrès : Les 6 Figures rouges ont une identité : « Les fusillés ». Espoir éphémère. Rien de plus dans le travail. L’identité ne suffit pas à dévoiler la Présence. Ils me regardent, inquiets ? Toujours rien venant du désert.

            MARTYRS. C’est arrivé je ne sais quand, ni comment. Sans temps ni lieu, tous morts pour avoir affirmé leur conviction de vie. Des chrétiens jetés aux fauves aux résistants célébrés par Fautrier. La liste s’allonge de jour en jour.

            Martyrs. En quelques semaines les 6 bois en attente trouvent leur âme.

            Ç’aurait pu s’arrêter là. Je veux dire, même investis de ce poids d’humanité défaite et glorieuse, rester de sages œuvres à accrocher aux murs. Présents dans le cycle Naissance, Mort, Résurrection de l’église Saint Bruno de Troyes (image 2), ou en dialogue avec « Guernica » lors d’une exposition autour de Picasso à Vic le Comte (image 3), ils semblaient bien tenir leur rôle.

            Jusqu’à janvier 2015 et l’exposition à l’Agence Nationale pour les Arts Sacrés au sein de la Cathédrale d’Evry.

            7 janvier nous apprenons « Charlie » lors de la finalisation de l’installation.

            8 janvier les « Martyrs » accueillent les invités du vernissage (image 4). Ils ne font plus « semblant », ils sont. Et depuis, secoués de toutes parts. Leur présentation dans un ensemble nocturne et silencieux « In Memoriam » (image 1) lors des « Pignols’Arts » le week end dernier était une tentative pour l’exprimer.

 

 

            « In Memoriam » sera encore visible jusqu’au 15 octobre.

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