JOURNAL JOURNAL 30

Publié le samedi 29 avril 2017 à 07h22

JOURNAL JOURNAL 30 ….La vie est pleine de surprises….Il y a peu de temps les peintures d’Henri Rousseau, dit « Le Douanier », n’éveillaient chez moi qu’un vague intérêt, seulement réveillé par la chevauchée monstrueuse de sa « Guerre » (image 1). L’imagerie naïve ne m’a jamais passionné. Qu’est-ce qui fait que je tenais absolument à voir l’exposition consacrée à ce peintre au musée d’Orsay ? Parmi la foultitude d’expositions du moment, c’était avant tout celle-ci qui m’aimantait : contre vents et marées, c'est-à-dire en ce début juin, entre grèves et inondations ! J’entrais donc le mercredi 8 juin au matin, enfin, dans des salles quasiment vides….et, à peine entré, j’avais perdu la partie contre le « naïf ».

         Je venais me cultiver, et j’étais subjugué, submergé par une joie profonde et légère, mélange de rire – véritable – et d’admiration étonnée devant une peinture/poésie n’ayant rien à voir avec les reproductions de ces mêmes œuvres. Un peintre était là, avec une puissance plastique qui n’a rien à envier aux autres « grands ». En témoignent ce portrait de Loti tout à fait à l’aise au côté d’un merveilleux portrait d’homme, en pleine lumière vénitienne, attribué à Carpaccio, ou, plus loin, une petite nature morte radieuse entre un Cézanne et un Picasso, en toute simplicité, en toute complicité.

         Peinture monumentale, c'est-à-dire d’une telle justesse entre les formes, les couleurs et l’esprit qui la porte, qu’elle déploie autour d’elle une énergie qui amplifie notre perception. Par exemple, quel n’a pas été mon étonnement, après coup, de réaliser que cette « Guerre » vécue immense – un vrai mur – n’avait que 2 petits mètres de long, tout comme ses forêts dans lesquelles on se perd ! Et je ne peux m’empêcher de penser à Magritte que je perçois à l’inverse, c'est-à-dire dont les peintures ont moins de densité et de mystère que leur « image » reproduite. Rousseau est totalement peintre et amoureux de peinture, vit et respire par elle. Cela lui permet probablement de transformer les maladresses et autres faiblesses techniques en atouts. Reste qu’on se demande comment il pouvait s’y retrouver entre son admiration pour la peinture officielle, celle qu’on appelle « pompier », son ambition à l’égaler….et le résultat obtenu qui chamboule cette esthétique de la forme illusionniste limpide, et insipide ! Il était persuadé d’être le plus grand peintre de son époque, cela aide, mais que voyait-il vraiment ?

         Bien que rassasié, je profitais d’être au musée d’Orsay pour rendre une visite aux Van Gogh. Après le petit temps de relaxation et de concentration nécessaire pour oublier l’exécrable présentation des œuvres et l’agitation « touristique », j’ai dévoré quelques kilos de matière colorée, d’empâtements, de coups de pinceau furieux, mais furieusement justes, …. et de jubilation lumineuse. Malgré les 3 rangs de photographes en tous genres, avec patience, j’ai pu m’immerger un long moment dans la « Nuit étoilée sur le Rhône » (image 2), aussi profonde et sereine qu’une mosaïque byzantine. Et, chose rare, j’ai constaté que je n’étais pas seul à rester ainsi en contemplation, stoïque dans la bousculade.

         L’autre exposition que je tenais à voir était celle consacrée à Albert Marquet, ce compagnon des « Fauves », qui sut si bien peindre les gris de la Seine à Paris (image 3). Deux heures d’apaisement joyeux avec, surprise, de longs instants dans la baie de Naples à entendre l’eau clapoter au pied du Vésuve. Amusement aussi avec la sorcellerie du peintre dont la simplicité des formes et la lumière naissent en fait d’un fatras de coups de pinceau, véritable magma informe, comme notre monde émergeant du Tohu-bohu initial.

         Ce qui a du mal à émerger de mon Tohu-bohu intérieur, c’est l’ensemble des 4 peintures bleues évoquées dans le numéro 28 d’avril….En voici l’état actuel (image 4). Ça avance un peu, mais….

 

         Et pour terminer, un clin d’œil aux forêts du Douanier Rousseau avec cette citation savoureuse de Basile le Grand (4ème siècle), un des Père de l’Eglise d’Orient, concernant la pollinisation des palmiers dattiers qui, comme chacun le sait, se fait manuellement :

         « Les jardiniers divisent les palmiers en mâles et femelles. On peut voir, parfois, celui qu’ils appellent femelle abaisser ses palmes, comme s’il était en chaleur, et convoiter les embrassements du mâle. Alors ceux qui soignent ces arbres jettent sur ses palmes une sorte de semence des mâles, ce qu’on appelle le psen. L’arbre éprouve comme la sensation de la jouissance, puis, de nouveau, ses palmes se relèvent et son feuillage reprend sa forme ordinaire. On dit la même chose des figuiers. » (cité in « Tagant » d’Odette du Puigaudeau)

 

 

         En attendant, RAPPEL :

 

EXPOSITION

Point Accueil Tourisme d’USSON

du 19 au 31 juillet,

tous les jours sauf lundis.

De 10h30 à 12h30 et de 14h30 à 19h

 

VERNISSAGE le mardi 19 juillet à partir de 18h30

 

 

Et le dernier WE de septembre, retour des PIGNOLS’ART….On en recausera !

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