JOURNAL JOURNAL 28

Publié le samedi 29 avril 2017 à 07h16

JOURNAL JOURNAL 28…..Il y a des moments où l’on ressent cette évidence : ce que j’ai fait a servi à quelque chose. J’en ai vécu un dernièrement, avec un vrai partage euphorisant, d’où on ressort « autre », grâce au « tout autre ».

         Une salle de réunion comme il y en a tant ; tables rangées, chaises disposées face à un mur blanc ; vidéoprojecteur, ordinateur. J’étais invité par un ami à présenter mon travail. Roland anime un groupe qui intervient auprès d’autistes, et c’est à ceux-ci que je devais m’adresser. Inutile de dire que j’étais tendu après m’être posé mille questions sur le pourquoi du comment ; quoi montrer, comment le présenter, quels mots, quelles images ? J’avais fait le choix d’un diaporama montrant des œuvres « en situation », et apporté quelques petites peintures. Et j’étais là face à une dizaine de ces êtres, qui tordu, qui agité, fermé ou exubérant, et un nombre respectable de parents et assistants(es). Une demi-heure dans un silence à peine perturbé par quelques éclats d’une voix aigüe. De ces silences qui portent, au fond desquels se niche une écoute attentive.      Quelques mots sur les œuvres « en vrai », et c’est un autre silence. Chaque handicapé « écrit » sa réaction avec l’aide d’un duo : une personne accompagne sa main qui va de lettre en lettre sur un petit carton figurant un clavier d’ordinateur, et l’autre écrit sous la dictée. Et vient la lecture, et l’émotion monte, les larmes affleurent devant le rayonnement des paroles, l’acuité des regards portés, l’expression mélangée de souffrance et de joie, dans une profonde lucidité.

         Quelques phrases, volées au fil des témoignages :

         « Du fond de moi je vibre dans cette expérience créatrice de moi. Etre dedans et être dehors, être l’œuvre et l’observateur. Quel point de vue ! Merci. »

         « J’ai senti que cet homme vacillait sur ses valeurs de peintre. Il est allé vers la couleur et la forme pour se détacher du terrestre. C’est un illuminé de Dieu…. »

         « Peintre tu es le facilitateur de la lumière. »

         « Ce sont des œuvres incarnées, des œuvres de glaise, des œuvres qui montrent l’aspiration spirituelle de leur auteur, mais aussi son échec à s’élever avec les figures qu’il représente….Mais je dois dire aussi qu’à la réflexion, qu’en regardant cette petite Madeleine, c’est aussi un formidable appel à vivre dans son esprit, détaché de la glaise de nos pieds. »

         « Ce chemin de croix si parlant m’a ramené à ma vie. Depuis le tout début moi aussi je vis un chemin de croix qui s’éclaire de jour en jour vers une lumière bienfaisante. »

 

         En rentrant vers Pignols sur un petit nuage me sont venues à l’esprit les images de mon « Monument à Van Gogh » (images 1 et 2. Voir aussi le JOURNAL 3 de début 2014) et sa lumière intérieure sortant de sa gangue noire. Il était né d’une phrase écrite par le peintre fin 1882 alors que, débordant de puissance créatrice, oscillant entre peinture et dessin, il sent autour de lui toutes les portes fermées, et la solitude. Grâce à son frère Théo, et quelques amis comme Emile Bernard, les vannes se sont ouvertes, et la lave incandescente de s’écouler. Je venais de vivre avec ces autistes, leurs proches et ces facilitateurs de communication comme Roland, cette même irruption de la lumière là où on ne l’attend pas, où on ne veut pas l’envisager, tellement la différence nous dérange. Mieux vaut fermer les yeux, tourner le regard, sembler très occupé….

         Et dans les méandres de mes pensées se sont imposés tous les discours de crainte, d’incompréhension et de rejet des migrants, ces autres qui fuient l’invivable. Pour la peur, bien légitime, de quelques monstres qui, en fait, sont issus de nous, ou parviendraient de toutes façons jusqu’à nous, on rejette et méprise la puissance créatrice, l’énergie vitale de milliers d’entre eux. Sans compter qu’on donne raison aux assassins en renonçant aux fondements de notre société, ceux-là même qu’ils veulent détruire. Choix de la nuit, de l’abyme. Cachez ces lumières que nous ne saurions voir ! Je ne peux, à ce propos, que vous conseiller de regarder le film « Nulle part en France » de Yolande Moreau. Trente minutes à patauger dans la boue des camps de réfugiés de Calais et Grande Synthe à travers des images dont la beauté renforce la monstruosité insoutenable de ce qui se vit là. Où le documentaire se fait œuvre d’art, et un Van Gogh cinéaste, s’y serait retrouvé !

 

         Pendant la fermeture des frontières la peinture continue….L’atelier sans dessus dessous pour la préparation de « L’Atelier Ouvert » de fin mai (image 3), et un ensemble de 4 peintures bleues qui me donne du fil à retordre. La première fois que je ne comprends pas les bleus que je peins. Curieux !?....et à suivre (images 4).

 

AGENDA

 

Du 26 avril au 1er mai :

USSON, exposition commune des artistes de la saison  2016. J’y ai 3 œuvres.

Point Accueil Tourisme.

 

20, 21, 22 et 27, 28, 29 mai, de 15 à 20h

et sur RV aux autres moments de cette période

ATELIER OUVERT 2016

 

Exposition

Point Info-Tourisme d’USSON

du 19 au 31 juillet.

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