JOURNAL JOURNAL 26

Publié le samedi 29 avril 2017 à 07h04

JOURNAL JOURNAL 26….Vivre de longues minutes au milieu des « Nymphéas » de Claude Monet au musée de l’Orangerie (image 1), se laisser pénétrer jusqu’à l’envoûtement par l’impalpable miroir où se mêlent eau, lumière, reflet, et entendre les clapotis, les « ploc » des grenouilles sautant des larges feuilles étales, le frémissement des feuillages des saules pleureurs…..lointain souvenir impossible à retrouver tant la foule s’y presse de nos jours. A moins d’y arriver à l’ouverture du musée, et encore, le temps sera trop court. Une gardienne, à Noël, nous disait son bonheur, le matin, d’en « prendre possession », seule. En voilà une qui doit arriver plutôt en avance qu’en retard à son travail ! Encore un des bienfaits de la peinture.

         Mais qu’en sera-t-il de ces merveilles « picturaquatiques » maintenant que ce seront des « Nymféas » ? A moins que l’on écrive « Nynféas » puisque la disparition du « p » n’impose plus le « m ». Comment sentir tous ces bruissements de vie sans l’amplification de ce « ph » ? Fin des nymphes ! Encore heureux qu’on nous laisse le « y ». Oubli d’un instant d’égarement ? Car que vient faire ce grec ici en ces temps où l’étranger semble à beaucoup si menaçant ?

         Et qu’en sera-t-il des filosophes ? Je sais bien que certains tirent sur la ficelle, mais à leur place je me sentirai bien nu tout à coup.

         Mon vieux compagnon de route Van Gogh, lui, peut dormir tranquille. Adepte de l’accent circonflexe il avait tendance à en mettre de trop et écrivait ainsi, entre autre « chôse ». Un vrai drôle cet apôtre ! Mais là je reste dans les clous puisque la suppression du petit chapeau n’est demandée que pour les « u » et les « i », et si le sens du mot n’est pas rendu ambigu, et il reste aussi dans les conjugaisons…Quand à Philomène, Iphigénie, Sophie, Benoît, Jérôme et autres, pas de problèmes, les noms propres et prénoms ne sont pas concernés.

         Si on y ajoute quelques modifications dans les autres accents on se trouve par cette « réforme » de l’orthographe – orthografe ? – avec un cortège de nouvelles règles qui changent et/ou alourdissent un parc déjà bien fourni, sous prétexte de simplifier. Et on supprime de ce fait un ensemble de cas particuliers, de bizarreries, d’originalités, c'est-à-dire ce qui fait la vie et la respiration du monde. Car enfin, qu’est ce que ça apporte de changer le « ph » en « f » ? Une lettre de moins, un peu d’encre et d’effort en moins ? Et c’est toute la poésie de ce son, naissant de l’alliance improbable de deux lettres, qui est détruite pour un vague utilitarisme mesquin ….. ou une prime à la paresse. C’est la biodiversité linguistique qui est atteinte. Et s’il est vrai que la mort des abeilles annonce la nôtre, cette volonté d’éradiquer écarts, subtilités, particularismes n’annonce rien de bon pour la richesse du potentiel créatif, même si on peut compter sur les écrivains, poètes et autres artistes pour transformer le handicap en atout.

         Tout ça peut sembler n’avoir que peu de rapport avec la peinture. Mais comment séparer tous ces modes de création, littérature, peinture, musique, sculpture…. ? Et puis, peut-être que ma plongée dans la littérature autour de Van Gogh, ses lettres, toutes les notes accumulées au fil des années, pour débroussailler le chantier à venir évoqué dans le précédent JOURNAL m’a rendu un peu réactif.

         En attendant l’atelier explore toujours le noir, mais quelques petites choses laissent entrevoir d’autres recherches. Ainsi ces 2 « Palimpseste » (image 2) qui sonnent vaguement comme un écho aux matières de Monet, et se lisent en 2 versions suivant le choix du sens haut/bas. De même ce pas de côté avec la « Sentinelle » (image 3) en mémoire de Joseph Delaire, mort sur le front le 11 mars 1916, et qui rejoindra le vendredi 11 mars prochain les effigies des enfants d’Egliseneuve près Billom tombés lors de la « Grande guerre ».

         Et pour terminer deux petits cadeaux. En image 4 la chaleur et l’éblouissement de la plus belle des versions des « Tournesols » de Van Gogh, d’août 1888. Faible reflet, cette image, de l’incandescence de vitrail solaire de l’original. Et puis cette petite phrase anonyme entendue un matin sur France culture :

         « Si le bonheur est inaccessible, soyez heureux sans lui. »

Tout un programme !

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