JOURNAL JOURNAL 25

Publié le samedi 29 avril 2017 à 07h01

JOURNAL JOURNAL 25 ….Après m’être voluptueusement vautré dans les gravures de Rembrandt en novembre et décembre, j’ai commencé l’année 2016 en compagnie de deux immigrés, le roumain Brancusi et le hollandais Van Gogh, venus manger notre pain….et enrichir le monde de l'art. L’envie de me replonger dans l’œuvre du premier m’est venue alors que je visitais, à Noël, les ateliers/musées de Zadkine et Bourdelle. Bain de sculpture, donc, et jubilation dans la pureté, la profondeur…et la légèreté de Brancusi.

         J’en étais là quand un ami me transmet un diaporama de portraits hyperréalistes d’un pastelliste espagnol. En pleine euphorie d’essentiel me voilà propulsé dans l’étude pointilleuse de détails en tous genres, perdus au milieu de regards absents….La rencontre (????) de l’autre ramenée à l’inventaire matérialiste. Un savoir faire d’où sont éliminés l’interrogation nécessaire à la création, l’esprit, et toute surprise qui déplace et enrichit. Une fabrication neutre et aseptisée, « artistiquement correcte », digne reflet de notre société.

         Où es-tu Alberto (Giacometti) et ton face à face avec le « modèle » ? Où sont les heures, les jours, les mois passés à faire et défaire – Pénélope est une gamine à côté – ces visages qui te fuyaient et qui, maintenant, nous saisissent à la gorge d’intensité humaine et d’infini ?

         Où es-tu Vincent (Van Gogh) qui cherchait l’âme des hommes en peignant leur regard ?

         Et bien, justement, Van Gogh, il arrivait. Ou plus exactement, au même moment, un deuxième ami m’envoie, lui aussi, un diaporama, sur Van Gogh et Millet. Si je n’étais pas certain de l’amitié réelle de chacun d’eux pour moi, et du fait qu’ils ne se connaissent pas, j’aurai pu croire à une conspiration. Car me voilà avec une plate succession de dessins de Millet et de leurs copies par Van Gogh, avec quelques commentaires qui ne prouvent qu’une chose….la totale ignorance de l’auteur des œuvres des deux peintres, et des relations complexes de Van Gogh avec son aîné. Après l’étalage de la suffisance du pastelliste, celui de l’inculture satisfaite.

         Résultats ? Une bonne dose de cogitations…et le déclic pour prendre la décision, longtemps repoussée, d’écrire l’étude sur Van Gogh qui me tarabuste. Merci les amis, j’en prends pour quelques années de galère !...Mais avec délectation et soulagement, car je sens bien le creux d’inaccomplissement si ne vais pas à ce « charbon » là.

         En attendant l’atelier a repris du service dés les premiers jours du mois avec la poursuite des recherches à partir du noir : une quinzaine d’œuvres en chemin (images 1 et 2). En parallèle, a été commencée une « sentinelle », stèle de 2 mètres de haut, figurant un « poilu » mort en 1916. C’est la participation à la commémoration de la « Grande guerre » sur la commune d’Egliseneuve près Billom où j’exposais en mars dernier. Pour chaque enfant de la commune mort au combat, installation d’une « sentinelle » à la date anniversaire. La « mienne » sera mise en place le 11 mars….On en reparlera.

         Et pour terminer, retour à Brancusi avec images et citations. L’image 3 nous ramène à une œuvre déjà entrevue dans le numéro 8 du JOURNAL de juillet 2014, la « Muse endormie » dont je présente ici une version en bronze après celle en marbre. Quand à l’image 4, il s’agit de la « Colonne sans fin » de 30 mètres de haut érigée à Targu Jiu, pays d’origine du sculpteur en Roumanie. Elle fait partie d’un ensemble commémoratif avec plusieurs œuvres monumentales de Brancusi….ça mériterait un numéro du JOURNAL…. Quand aux citations, la première est directement en lien avec la question du « réalisme » évoquée plus haut, et la deuxième est un épisode, raconté par Brancusi, qui se passe lors de son émigration pédestre de Roumanie à Paris en 1904, alors qu’il joue de la flûte en marchant.

 

         « Si nous nous limitons à la reproduction exacte, nous arrêtons l’évolution de l’esprit »

         « En route vers Langres, j’ai eu la révélation de ce qu’est la gloire. Dans un pré où paissent des vaches, j’aperçu derrière une haie l’une d’elles qui soulevait la tête et me regardait avec des yeux pleins de béatitude. Je pensai : tu l’as charmée avec ta musique, et je m’approchai pour la regarder mieux par-dessus la haie et me flatter de son heureuse disposition. Elle était en train de pisser. Qu’est-ce que la gloire ? me dis-je. Tu le vois, rien d’autre qu’un pipi de vache. »

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