JOURNAL JOURNAL 24

Publié le samedi 29 avril 2017 à 06h58

JOURNAL JOURNAL 24……Je n’ai jamais été enthousiasmé par la vie en communauté avec les araignées, mais habitant des espaces où elles ont tout le loisir de déployer leur art du tissage, on finit – presque – par s’y faire. Et puis, il faut le dire, les araignées ont souvent du génie. C’est en particulier le cas de celle qui est venue tracer ces fils de lumière reliant les trois protagonistes de notre crèche (image 1). Jusqu’à sembler imprimer à Marie ce léger balancement vers Joseph, imperceptible protection du bébé si petit entre les parents. Et puis cette araignée paraît bien avoir quelques notions de théologie pour faire émerger de l’enfant cette croix lumineuse, tristement prophétique. Et réussir à le dire avec cette discrétion, où seuls de brefs instants de lumière offrent le dévoilement, relève vraiment du grand art, laissant place avant tout à l’humanité joyeuse d’une venue au monde.

         Nous voici donc à Noël. Dans la lumière ténue d’une humanité incertaine. Toujours le noir. Et au fond de cette nuit un trésor qui palpite. Retour à Rembrandt déjà évoqué le mois dernier, avec cette « Adoration des bergers » nocturne (image 2). Dans un bruissement d’ombres, quelques formes émergent alors que le « héro » de l’histoire est à peine perceptible entre Marie, qui dégage des couvertures son visage ensommeillé, et Joseph qui lit. Tous trois blottis dans le coin droit de la gravure, dominés, presque écrasés, par le groupe qui s’agite. Surprise générale, sauf dans le salut respectueux du berger à la lanterne, pilier de toute la scène. Trois sans-abri honorés par aussi pauvres qu’eux. C’est cela qu’on fête à Noël : une minuscule graine de vie lumineuse perdue dans une meule de foin. Loin du barnum consumériste avec barbu en manteau rouge.

         Et il ne faut pas longtemps pour que les sans-abri deviennent des migrants fuyant le dictateur local et ses massacres (image 3). L’Histoire balbutie. Les Evangiles ne nous disent rien de l’accueil fait à nos trois réfugiés en Egypte, mais ils y sont restés et, quand cela a été possible, sont revenus librement sur la terre d’Israël. L’Histoire a aussi des ratés dans le balbutiement et un certain nombre de ceux qui se disent disciples du petit trésor de la crèche sont amnésiques en faisant rimer accueil et écueil.

         Je m’éloigne des propos artistiques ? Que ceux qui ne sont pas « empoissés » par les remugles du monde jettent la première pierre. Et est-ce ma faute si Rembrandt « interroge », comme on dit merveilleusement dans le jargon culturel actuel, les soubresauts du temps présent ? Tout aussi prophète que l’araignée. La croix est là avec la fin de l’histoire. Nuit des nuits. Et là ce sont les proches qui ensevelissent le corps du supplicié. Cette peinture de Rembrandt, « Mise au tombeau » (image 4) est probablement une esquisse pour une gravure non réalisée. Le choix de sa présence ici : c’est une des œuvres qui ont déterminé, tout jeune, mon « entrée en peinture ». Par son clair-obscur, bien sûr, mais plus encore par sa matière, cette présence impérieuse du geste pictural, à la fois peinture et humanité. A pleurer, avec le trou béant du tombeau au premier plan, et nous sommes dedans. A jubiler. On peut rester dans le trou, ou se souvenir que la croix dessinée par l’araignée est Lumière. Pour ma part, cette œuvre m’a déjà amené à plus d’un demi-siècle de bonheur dans la peinture. Merveille à patauger dans l’ombre ou l’éblouissement, l’abyme ou l’exaltation par une petite luciole quelque part dans une mangeoire.

Il faut que le grain meure en terre pour renaître au printemps.

Bon Noël.

 

Et sur l’AGENDA

 

Toujours la présentation de quelques unes de mes sculptures,

Jusqu’à la fin décembre :

 

Espace culturel d’HARMONIE MUTUELLE

6, place Gaillard à Clermont Ferrand

du lundi au vendredi de 9h15 à 18h

en compagnie de la peintre Hélène DAVID-HILAIRE

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