JOURNAL 82

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Publié le dimanche 29 novembre 2020 à 19h52

JOURNAL 82 … L’atelier dort. Il y a bien, timidement, quelques fugaces projets qui le traversent, et s’éteignent mais ce ne sera pas l’exubérante profusion créatrice du printemps. Fin d’année en roue libre pour peinture et sculpture.

            Atelier en plein air dans la lumière de l’automne, somptueuse. Des heures à débroussailler et nettoyer des parties du « parc » abandonnées depuis 10 à 15 ans. Les tas s’accumulent et l’espace retrouve de l’air. Plusieurs après-midis j’ai travaillé en compagnie d’un rouge-gorge, allant et venant, tout proche. Me suivant. Comme reconnaissant de mettre un peu d’ordre dans son lieu de vie.

           

              Et il y a Rembrandt et ses gravures. Leur lumière nocturne. Pas un éclairage, une transmutation de la nuit en or.

            Vieille histoire de plus de 50 ans, qui voit une vie illuminée par une multitude de lignes noires griffant le blanc de papiers luxueux. Nourriture quasi-quotidienne de pure jouissance. Mais de là à en faire une étude pour la conférence prévue le 4 février prochain pour l’UTB à Autun … !?

          L’esprit flâne, divague même, et peu à peu s’enfonce dans un abîme de questions, de connaissances bien floues, de remises en cause d’idées anciennes devenues obsolètes. Perplexité … et bonheur de la découverte.

            Puis, inattendue, une émotion qui enfle alors que ressurgissent les origines de ma rencontre, adolescent, avec ce « monument » de la gravure, « La pièce aux cent florins » (image 1), qui n’a d’égale dans l’œuvre de Rembrandt que la « Ronde de nuit ».

            Mince alors, et pour un peu elle prendrait toute la place ! Il faut garder la tête froide et conjuguer sentiments et rigueur analytique. J’ai l’habitude avec Van Gogh, mais là c’est une surprise. Reste à en faire un atout.

            La « Pièce aux cents florins » (le titre vient de son prix particulièrement élevé pour une gravure aux Pays-Bas à cette époque.) c’est un monde où se côtoient caricature, bande dessinée, descriptions minutieuses, jeux d’ombres et de lumières avec toute la gamme possible de leur dialogue, du contraste violent aux nuances les plus subtiles. Et ce monde de maîtrise formelle en raconte un autre fait de détresse, d’espoir, de scepticisme, d’ironie, d’humour et de tendresse. Un monde où ce sont des êtres de chair qui émergent de la nuit alors que la lumière éblouissante écrase les suffisants prisonniers de leurs certitudes, leurs dogmes, leurs sarcasmes.

            Comme un chef d’orchestre, le Christ – ou le sage, le prophète, le palestinien, le blasphémateur … c’est selon – n’est qu’ambiguïté, résultat de multiples modifications rendant les formes incertaines. Il semble parler sans ouvrir la bouche et ce sont les mains qui s’expriment, prêchent, accueillent ou repoussent. Et d’autres mains chantent avec elles, regardez-les, suppliantes, inertes, abandonnées, méditatives, épuisées, vivantes d’espoir (image 2).

            Les connaisseurs vous diront que Rembrandt « illustre » ici l’essentiel du chapitre 19 de l’Evangile de Matthieu. Presque tous les épisodes, éparpillés dans le temps, sont rassemblés : la guérison des malades, l’accueil des enfants, les pharisiens qui veulent éprouver Jésus. Jusqu’au au jeune homme riche désemparé parce qu’on lui demande de donner tous ses biens aux pauvres (à gauche du détail). Avec même, à l’autre bout de la gravure, le « héro » de la sentence finale, chameau pour lequel « il est plus facile de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux. ».

            Le tout dans une cohérence formelle qui exalte le poids de vie humaine portée par le texte.

       Pendant 10 années encore Rembrandt va scruter la nuit en gravure, avec autant de liberté plastique que celle qu’il impose en peinture à des contemporains dépassés.

            Deux exemples en contrepoint :

         Tout d’abord ce dernier état des « Trois croix » (image 3) qui dépasse en audace destructrice bien des cris de l’expressionnisme. Où a-t-on vu tel cataclysme rageur ?

          Et, à l’opposé, dans la douceur de l’ombre caressante, ce nu (image 4) qui redit à quel point la nuit est aussi lumière. Il s’agit d’une des toutes dernières gravures de Rembrandt.

 

AGENDA : dernières nouvelles …

L’exposition « Petits formats » du groupe de plasticiens « 7&+ » aura bien lieu :

Du samedi 5 au 23 décembre

Les mercredis et samedis, de 14h30 à 18h30 (sauf le 5, début à 16h)

Il n’y aura pas de vernissage … mais plein de belles choses !

"La Vignotèque", 31bis, quai De Gaulle - 71300 Montceau les Mines

 

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