JOURNAL 80

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Publié le lundi 28 septembre 2020 à 11h56

 

JOURNAL 80 … Journal buissonnier. Après un été laborieux, et même si, Van Gogh accompli, c’est maintenant Rembrandt et ses gravures, qui occupent l’esprit, nous avons pris des vacances. Rien d’extravagant, et empreinte carbone dérisoire : 4 jours dans l’Auxois à moins de 2 heures du Bas du Riaux. Pas de quoi soutenir efficacement les professionnels du tourisme.

            4 jours et 4 images d’émerveillements presque anodins, en marge.

 

          Dimanche 13 septembre : Il faudra, un jour, consacrer ce Journal au musée Pompon de Saulieu. Charme et poésie. Heureux les animaux caressés par le regard et la main du sculpteur ! Foisonnement d’une faune vibrante, entre éternité et secondes éphémères.

            Autre musée délicieux et sympathique, celui de Semur en Auxois dont la première image présente la salle des fossiles. Combien dans ces vitrines ? dont beaucoup délicats comme de subtiles céramiques. Ainsi de salle en salle, jusqu’à celle des Beaux-Arts, digne des salons officiels d’antan, mais recélant tout de même 3 Corot. Plongée dans le XIXème siècle avec ce mélange d’art et de science en accumulations soigneusement ordonnées. Ça pourrait sentir la poussière, mais c’est rafraichissant comme une brise un jour de canicule. Envoûtant.

 

            Lundi 14 septembre : Quand on entre dans l’abbatiale de Fontenay, subjugué par l’ampleur et la pureté architecturales, le retable en calcaire blanc adossé au mur plat du chevet, lointain, incongru, trouble le regard. Ce n’est qu’après de longues déambulations entre église et cloître que nos pas nous mènent plus près de cette « verrue », curiosité machinale pour ne rien manquer. De la pierre érodée émergent de magnifiques restes de figures, drapés, visages, silhouettes, comme celle de ce Christ en croix tellement mangé que les bras ne sont plus que fils accrochés au bois du supplice, le torse un abcès ouvert éternellement. Un Mage devenu « lépreux » effleure du bout des lèvres les pieds de l’enfant Jésus privé de tête et, bouleversante, cette image (2) de Marie et Joseph, dans l’abandon et l’épuisement. Rongés eux aussi, mais pas suffisamment pour effacer ce relâchement du corps qui dit aussi l’accomplissement heureux de la vie donnée. Au-dessus d’eux, l’âne et le bœuf semblent vouloir manger le bébé mais, l’un soufflant pour réchauffer ses pieds, l’autre la bouche tirant la couverture sur le petit endormi, ils en prennent le plus grand soin. Un beau moment de tendresse !

 

            Mardi 15 septembre : Il fallait vraiment que ce soit le château de Roger pour affronter la chaleur accablante de cet après-midi. Roger, du temps du Roi Soleil, était presque voisin du Bas du Riaux avec un autre château trônant sur les bords de l’Arroux, Chazeu, ruine dévorée par les arbres déjà évoquée dans le Journal 51 d’avril 2018. Roger de Bussy-Rabutin, cousin de Madame de Sévigné, militaire libertin était aussi un savoureux écrivain. C’est d’ailleurs l’écriture qui l’amena à faire construire ces somptueuses résidences. L’écriture d’une « Histoire amoureuse des Gaules », satire foisonnante des mœurs de la cour versaillaise … qui lui valu disgrâce et exil. Visiter le château de Bussy-Rabutin – tout près d’Alésia, mais ça n’a aucun rapport, même militaire – devait nous permettre d’imaginer celui fantomatique de Chazeu. Pari réussi : on regrette encore plus ! car ce fut un régal simple, plein de belles surprises comme ce labyrinthe végétal où l’on pense vraiment un instant s’être perdu, ou cette sculpture banale, qu’on devine en premier plan de l’image 3, tournoyant dans la lumière comme pour aguicher Roger là-bas dans sa cour d’honneur.

 

            Mercredi 16 septembre : Pire que le labyrinthe de Bussy-Rabutin : trouver la fromagerie à Epoisses. Panneau dans un sens, dans un autre. Tours et demi-tours. Pour un peu nous abandonnions, mais l’envie était trop forte. Chemin de retour repassant par Saulieu. Comme Pompon à l’aller, je tairai Saint Andoche au retour, avec regrets car la Basilique, restaurée, offre un ensemble de sculptures remarquable. Mais, alors que les nuages dans le ciel, et quelques gouttes de pluie annoncent « bientôt l’automne », je terminerai par ce clin d’œil de la rencontre entre une 2 CV pimpante et cette maison qui dût l’être.

            Avec Muse méditant … sur le temps des vacances qui passent trop vite 

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