JOURNAL 76

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Publié le dimanche 31 mai 2020 à 08h13

JOURNAL 76 …Jeudi 28 mai, 7h30.A travers la fenêtre j’aperçois les dernières fleurs du massif de pavots ouvertes dans la nuit. L’une d’elles n’a pas encore tout à fait déplié sa robe. Pendant près d’un mois, tous les matins à guetter cet instant du déploiement. Rien à faire, à chaque fois la fleur attend, pudiquement, qu’on se soit éloigné, ne serait-ce que quelques minutes, pour ouvrir sa corolle. Comment ne pas penser à la rose du « Petit Prince » ?

            « … mais la fleur n’en finissait pas de se préparer à être belle, à l’abri de sa chambre verte. Elle choisissait avec soin ses couleurs. Elle s’habillait lentement, elle ajustait un à un ses pétales. Elle ne voulait pas sortir toute fripée comme les coquelicots. »

            Fripée ? Tu parles ! Un plissé soyeux qui offre une gamme de rouges, du rose au vermillon, nuancée de reflets carmin.

         J’aurais bien consacré ce Journal à conter ce mois de vie florale, cette succession de vies brèves, voire certains jours furtives (images 1 et 2, de l’ouverture aux derniers feux). Mais en quelques jours l’étirement tranquille de la vie confinée est bousculé. Fini de s’abîmer dans la contemplation, retour au monde, comme Zarathoustra quittant sa grotte, son serpent, son soleil. (« Du déclin de Zarathoustra tel fut le commencement » nous dit Nietzche).

            L’amorce du réveil est venue du ciel. Un ciel coloré, virevoltant et chantant, enivrant deux soirs de suite le Bas du Riaux. Visite d’une joyeuse nuée de guêpiers d’Europe, oiseaux multicolores au vol aussi vif que celui des hirondelles, qui nous gratifièrent de leur compagnie jusqu’à s’installer un temps dans nos arbres (image 3), raser le toit de la maison, faire semblant de repartir puis s’approcher encore plus l’instant d’après. Le tout égayé par leur « chant » aigu et velouté, répétitif pour devenir harmonieux par l’effet choral du groupe.

            Une fête !

            Peu après j’apprends que l’exposition autunoise dont j’avais fait le deuil devenait possible dans ce temps nouveau de vie « coronavirussienne ». Faire ou ne pas faire ? … d’un seul coup il faut s’ébrouer, et se poser une telle question s’avère être un effort difficile. D’un certain côté je suis bien dans ce ronronnement, et les conditions contraignantes amoindrissent la richesse de ces moments de rencontre avec d’autres face aux œuvres : pas de vernissage, présence masquée et limitée … sans compter la précipitation, les difficultés de toutes sortes dans ce moment où tout s’agite dans une incertitude permanente.

            Exposition qui s’annonce symbolique … oui, mais peut-être justement en cela importante. Être dans le mouvement de la vie !

Une goutte d’eau à partager après ce temps de sécheresse. Avec la joie d’offrir à celles et ceux qui viendront un peu de la sérénité qui me semble émaner des dernières peintures réalisées (image 4), avec les trois premières sculptures depuis 10 ans !

            Alors, oui, y aller !

             Ce sera:

             à la Galerie du Passage à Autun (71400), du 3 au 20 juin

            du mercredi au samedi, de 15h. à 19h.

             Passage Balthus, tout près de l'Office de Tourisme.

 

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