JOURNAL 75

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Publié le lundi 27 avril 2020 à 18h33

JOURNAL 75 … Deuxième Journal « confiné ». Bonne nouvelle, il pleut ! En d’autres temps on aurait fait la moue, mais après des semaines de « sec » ce déconfinement de la pluie réjouit la nature. Un signe ?

            Le mois dernier, à la fin de mon évocation de la grotte de Rouffignac, j’écrivais : « Que faisaient-ils donc en ces temps à dessiner pour aucun regard ? ». On pourrait s’interroger pareillement à propos des deux lieux objets de ce Journal 75. Pour qui, pour quoi tous ces gros « cailloux » alignés sur des kilomètres à Carnac ? Pour qui, actuellement, les œuvres produites dans l’atelier du Bas du Riaux alors qu’aucune exposition n’est possible ?

           

            Mon intérêt pour les mégalithes remonte à loin, dès ma familiarité avec le menhir de Nobles dans mon clunisois d’origine, mais il a fallu une fréquentation régulière de la Bretagne pour que cela devienne une vraie passion. Pas tant pour la connaissance culturelle, même si celle-ci renforce les sensations, que pour le rêve, la poésie, la force tellurique liée aux lieux et aux monuments eux-mêmes. Dans les programmes bretons il y a toujours un temps dévolu à la « chasse » aux dolmens, allées couvertes, tumulus, menhirs … Si les plus connus sont bien balisés, nombre d’entre eux nécessitent de longues, mais savoureuses, errances dans le labyrinthe des petites routes et des chemins. Avec parfois, au bout, un menhir à peine visible dans une propriété privée, une allée couverte ruinée au milieu d’un lotissement … mais le plus souvent des bijoux d’architectures dominant l’océan, émergeant sur la lande, perdus au fond d’une forêt, sur une plage les pieds dans l’eau.

            Et il y a Carnac, l’immensité ! A voir hors saison, quasi désert alors qu’on peut pénétrer dans la plupart des alignements et enceintes. Kerlescan, Kermano, Le Menec (image 1), le petit Menec (image 2), le Manio, autant de lieux différents où on peut errer, des grands espaces qui emportent le regard aux lieux morcelés par la végétation.

Du mystère infini à l’intériorité profonde. Un lieu idéal pour le « déconfinement » !

 

            J’entrevois, à travers certaines lumières et matières, l’obsession de la verticale, les répétitions, quelques pistes liant ce monde étrange et les miniatures nées ces dernières semaines dans l’atelier du Bas du Riaux. Frénésie fluide qui s’apparente au débit torrentiel du riaux ces derniers temps. Près d’une trentaine de « peintures » dans le mois de mars. Sur des supports divers, mélangeant acrylique, fusain, pastel. Rien de réfléchi. Qu’une attention légère aux interactions entre ces couleurs aux matières différentes et les supports. Être attentif au hasard, le suivre et l’aider à révéler ce qu’il offre. Dévoilement en douceur (images 3 et 4).

            Et voilà que maintenant se présentent des petites sculptures, les premières depuis 2013 !

            Toute cette liberté incontestablement stimulée par ce temps indéterminé, suspendu, du confinement. Sans conscience d’un après.

            Tout cela, destiné au partage avec les autres, caché à leur regard. Visibilité : néant !

            Attendons les semaines qui viennent et la décision concernant l’exposition prévue en juin à la « Galerie du passage » à Autun. Peu d’espoir, mais …  Et, sinon, peut-être une ouverture de « L’Etable » sur rendez-vous, en appliquant les règles de sécurité en vigueur.

            Un peu plus d’espoir avec l’exposition prévue en août à « L’Etable », en compagnie des mosaïques d’Andrée Dumas, mais c’est une ’aventure dans un autre espace-temps.

            En attendant, comme disent tous les sites « sérieux » : prenez soin de vous !

PS : A propos du menhir de Nobles cité plus haut : situé à La Chapelle sous Brancion, tout près de ce merveilleux site historique, de l’église romane de Chapaize et du château de Cormatin. La légende veut que le Diable ait proposé le défi à Jésus de se partager la région en lançant depuis Brancion chacun un énorme rocher. Jésus lança le sien au-delà de la vallée de la Grosne, près du bassin minier, c’est le menhir de Saint Micaud (orné d’un magnifique serpent). Le Diable hérita piteusement de mon pays du cormatinois avec ce menhir de Nobles, presque jeté à ses pieds … On l’a bravement christianisé depuis en le surmontant d’une croix ridicule. Je ne suis pas sûr que le pays soit devenu plus chrétien pour autant !

 

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