JOURNAL 74

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Publié le vendredi 27 mars 2020 à 21h11

JOURNAL 74 …Le premier étonnement, c’est l’ampleur, un vaste hall naturel qui rappelle ceux des grandes gares du XIXème siècle. Ça tombe bien car dans cette vastitude, vision surréaliste, un petit train, tout petit, attend. Quelques sièges sur des plateaux à roues et une voie ferrée miniature, presque un jouet dans cette majesté minérale. Rouffignac, en terre périgourdine, la grotte aux cent mammouths.

            Ça frise la provocation et la perversion de partir ainsi dans une grotte par ce temps de confinement. Même si cette évocation donne envie, on ne peut y aller actuellement. Et j’ajouterai à la torture mentale un autre lieu inaccessible, le musée Rodin de Meudon.

            Oui, mais alors quelle jubilation, quelle respiration quand tout se réouvrira. Et en attendant il n’est pas impossible de rêver.

            Alors, bref regard sur deux lieux qui me nourrissent et dont j’ai envie de partager la poésie.

           Rouffignac, donc, une « vraie » grotte dont on sent l’humidité, perçoit la puissance naturelle … et l’immensité, plus de 10 Km. de galeries. Si l’entrée – qui n’est pas celle d’origine – est ample, plus on avance avec le petit train, plus l’espace se rétrécit. La progression se fait dans l’obscurité, avec des arrêts lumineux devant gravures et/ou dessins. Le premier contact est bouleversant. Un mammouth gravé sur la paroi glaiseuse … avec les doigts. Frais comme s’il venait d’être fait, effaçable comme à l’origine, d’un revers de main … il a 12000 ans.

            Aussi fragile que nous !

          Autres « plasticiens » que les humains, les ours qui ont laissé leurs nombreuses griffures, parfois sur les dessins. Et, plus impressionnants, leurs « nids », véritables petits cratères pour l’hibernation (image 2).

            Le trajet se termine à 3 Km. de l’entrée, sous le « plafond » (image 1). Là se mêlent mammouths, bouquetins, chamois, bisons, chevaux …Lieu où on réalise l’étendue du mystère humain. Depuis un moment nous avancions sur un sol creusé, et, sous cette faune, on peut voir par des traces, la différence avec la hauteur d’origine. Avec un mètre de hauteur, les peintres devaient ramper sur le dos, lampe à huile proche, pour travailler. Imaginez : un cheval fait plus de 2 mètres de long, il est parfait … et l’auteur n’a jamais pu le voir en entier.

        Que faisaient-ils donc en ces temps à dessiner pour aucun regard ? Question qui agite bien des cerveaux depuis la découverte de cet « art » préhistorique.

            Ce que nous savons, plus prosaïquement, c’est que ces mêmes humains, bien des millénaires après, dès le XVIIIème siècle, ont exploré ces lieux, et laissé graffitis en tous genres sur une partie des dessins.

            Mêmes humains, mais autre Humanité ! … Retournons respirer à la surface.

            De l’air, de l’espace, de l’humanisme, il y en a dans les musées consacrés à Rodin.

       Si le musée parisien est d’une richesse exceptionnelle, j’ai une tendresse particulière pour celui de Meudon, plus modeste, havre de calme à l’atmosphère antique, mélange de souvenirs quotidiens avec la villa des Brillants, maison du sculpteur, et de démesure avec la grande galerie regorgeant de plâtres des principales œuvres (image 3). Il se dégage une étrangeté réjouissante de cette foule blanche, irréelle. Les rapprochements créent autant de cocasserie que de profondeur spirituelle. Présences fantomatiques, comme dématérialisées par rapport aux réalisations en bronze. Et puis il y a les vitrines avec multitude d’études, des petits modelages de Noureev bondissant, à des alignements de mains d’un des Bourgeois de Calais.

            Et puis ce parc, lui aussi ambivalent, mélange de rigueur et d’abandon maitrisé, avec en point d’orgue la terrasse suspendue au-dessus de Meudon, et Paris au loin (image 4). Là, le « Penseur », devant un reste de la façade du château d’Issy qui architecture l’entrée de la salle des plâtres, le « Penseur » couvre de sa tension immobile les corps du sculpteur et de Rose Beuret, sa compagne d’une vie.

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Relâche sur toute la ligne … attendons des jours meilleurs !

Dans l’espoir que ces temps difficiles nous ouvrent des horizons nouveaux.

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