JOURNAL 73

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Publié le lundi 24 février 2020 à 21h22

JOURNAL 73 Eternité et infini sont au programme en ce milieu d’hiver qui ressemble parfois au printemps, mais où la grande Faucheuse déploie une énergie redoutable de par le monde.

            Alors que je me vautre avec délices dans la préparation des deux conférences qui me font vivre en compagnie de Van Gogh et Matisse, c’est la pianiste Anne Queffélec qui vient, par surprise, donner le ton en quelques mots : « Il y a en l’homme une ouverture à l’infini. Nous sentir dépassés face à la beauté de la nature ou d’une œuvre est le signe que nous sommes appelés par quelque chose de plus grand. » (Interview dans « La Vie »).

            Mince alors, me dis-je ! J’ai l’impression d’avoir lu ça plusieurs fois dans la correspondance de Van Gogh. Et ce, à des moments bien différents de sa vie, pas uniquement dans la période « religieuse » de sa jeunesse. Diverses œuvres en attestent.

            Voyons d’abord cette lithographie « Au seuil de l’éternité » (image 1) réalisée dans ce grand temps d’apprentissage consacré au dessin à La Haye en 1882. Issue de plusieurs recherches, c’est la première occurrence sur ce thème de la mort qu’on retrouvera jusqu’à la fin de sa vie comme dans 3 peintures de faucheur à Saint-Rémy de Provence dont il écrit : « J’y vis alors l’image de la mort, dans ce sens que l’humanité serait le blé qu’on fauche …. Mais dans cette mort rien de triste, cela se passe en pleine lumière avec un soleil qui inonde tout d’une lumière d’or fin. »

            Van Gogh fera début mai 1890, à peine 3 mois avant sa mort, une version peinte de cette lithographie en même temps qu’une interprétation d’une gravure de Rembrandt « La résurrection de Lazare » où le soleil semble prendre la place du Christ. Se confirme par cette proximité l’oxymore qu’il résume souvent par la formule « Triste mais toujours dans la joie ».

            L’infini s’invite avec plus de légèreté et d’humour à propos de grands dessins arlésiens (images 2 et 3) montrant la plaine de la Crau vue depuis les ruines de l’abbaye de Montmajour aux pieds des Alpilles. Voici comment il les évoque dans une lettre au peintre Emile Bernard :

            « Ai fait de grands dessins à la plume – 2 – une immense campagne plate – vue à vol d’oiseau d’en haut d’une colline – des vignes, des champs de blé moissonnés, tout cela multiplié à l’infini, détalant comme la surface d’une mer vers l’horizon borné par les monticules de la Crau …

            Un personnage microscopique de laboureur, un petit train qui passe dans les blés, voilà toute la vie qu’il y a là-dedans. Ecoutez j’ai passé – les premiers jours de mon arrivée – à cet endroit-là avec un ami peintre. –

            Voilà ce qui serait embêtant à faire, dit-il. Moi je ne dis rien mais je trouvais cela tellement épatant que je n’avais pas même la force d’engueuler cet idiot. J’y reviens, reviens encore – bon, j’ai fait deux dessins de ça – de ce paysage plat où il n’y avait rien que ……l’infini … l’éternité …

            Bon – survient pendant que je dessine un coco qui n’est pas peintre mais soldat. J’y dis « est ce que ça t’épate que moi je trouve cela aussi beau que la mer » ? Or il connaissait la mer – lui. « Non cela ne m’épate pas – dit-il – que tu trouves cela aussi beau que la mer – mais moi je trouve cela même plus beau que l’océan puisque c’est habité. »

           

            La dernière œuvre, « Le martin-pêcheur » (image 4), n’est pas commentée par Van Gogh. Nous sommes aux Pays Bas, en 1884. Je vois ce dessin comme un instant d’éternité et d’infini avec le vol suspendu de l’oiseau qui scintille sur l’ombre des arbres reflétés dans la mare, au milieu d’une structure d’horizontales et de verticales animée par la « danse » des troncs noueux du premier plan, réhaussés de blanc comme l’oiseau.

Une sorte de perfection de vie équilibrée, de sérénité.

 

AGENDA

Nouveauté :

            EXPOSITION à CHAPAIZE

            de maintenant à la fin avril

            à ART+OBJETS

            renseignements au 03 85 32 00 12

Et le programme déjà annoncé dans les Journaux précédents

avec 2 conférences et une exposition :

            Le 21 mars à Huy (Belgique) lors des journées du verre et du vitrail :

                        J’y parlerai de « Van Gogh et Matisse, 2 peintres face au vitrail »

            Le 16 avril au Moulin de Chazeu à Laizy avec le T.RAC :

« Van Gogh, homme de lettres »,

                        avec, en lectrices, Colette Vallée et Brigitte Dupré la Tour.

            Exposition du 4 au 21 juin, à la galerie du Passage à Autun.

 

 

 

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