JOURNAL 69

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Publié le lundi 28 octobre 2019 à 18h51

JOURNAL 69 … « Que la lumière soit ! » Et la lumière fut ! Proférant cela, le Créateur de l’univers s’en instituait le premier ophtalmologue. Je digresserais bien sur cette primauté de la parole pour suggérer qu’il est ainsi le premier artiste conceptuel, préférant le discours à la jubilation du regard. Mais là n’est pas le propos envisagé.

            Pour une fois le Journal sera vraiment un journal (c’est-à-dire écrit au fil du temps) et, très prosaïquement, je voudrais relater le passage progressif vers cette nouvelle vision du monde que devrait m’offrir la double opération de cataracte que je suis en train de vivre.

            Vendredi 18 octobre - A la clinique pour l’œil droit : Formalités / Salle d’attente / Infirmière / Autre salle d’attente / Trajet à pieds …vers une troisième salle d’attente / A partir de là je ne vois plus que des plafonds, qui défilent où restent fixes de longues minutes durant, et c’est le bloc. Pendant l’opération, l’œil ébloui, j’entends le chirurgien discuter avec les infirmières. Je réagis par un « C’est rassurant ! » lorsqu’il évoque la chute de sa lampe lors d’une opération récente.

            De retour au Bas du Riaux je dors 3 heures, puis je résiste mal au désir de tester ma nouvelle vision. Rien de concluant, l’esprit est trop confus.

            Samedi 19 octobre – Le matin, dès le jour levé, j’ouvre les volets pour voir. Temps gris, il pleut légèrement … et tout est lumineux. La petite table ronde que j’ai toujours vue grise se pare de reflets bleutés, tout comme le dessus mouillé des feuilles du bouleau. La nature est scintillante. Dans la matinée j’ose entrer dans l’atelier. Les dernières peintures, laissées volontairement en attente, insatisfaisantes, ont l’éclat des bleus et la légèreté recherchés, jusqu’à cet instant invisibles. Il y a encore à faire, mais l’essentiel est déjà là (images 1 à 3). L’après - midi je découvre qu’en regardant alternativement avec les deux yeux je peux comparer ancienne et nouvelle vision. Le jeu est régalant.

            Dimanche 20 octobre – Pluie, pluie, pluie … On n’y voit rien ! Tentative infructueuse pour regarder les « En bleu » de 2016 que j’avais eu tant de mal à peindre, ne trouvant les bleus jamais assez bleus (image 4). En même temps, la vision de près n’étant pas encore rétablie, les yeux fatiguent.

            Il me faut vivre les jours suivants sans lecture … et avec des lunettes de soleil, même dans la maison. Je piaffe ! Tout de même, un court instant je jette un nouveau coup d’œil aux grandes bleues, mais rien à faire elles m’échappent toujours. Il faut attendre.

            Dans la tête les idées tournent, et s’incruste avec force cette relativité de la vision des couleurs abordée dans le Journal précédent. Rien de stable, entre la vision du peintre, celle des « regardeurs », ni physiologiquement, ni dans le temps. Et je ne parle pas des peintures elles-mêmes. Ce qui veut dire que la probabilité pour que quelqu’un voit exactement une œuvre comme son auteur quand il l’a jugée achevée est quasiment nulle. A vous décourager de passer des heures et des heures à peaufiner les couleurs ! Mais surtout cela dit bien que la force de l’échange se passe ailleurs, au-delà de la forme au plus profond de l’acte créateur. Vertige !

            Vendredi 25 octobre – Deuxième œil. Après l’opération, dans les rues de Chalon, en traversant les vignobles de Mercurey, même avec les lunettes de soleil, les ors de l’automne chantent fortissimo. Au bas du Riaux, l’intérieur de la maison est éblouissant, et tout est net, redessiné.

            Samedi 26 octobre – Si la lumière semble plus intense avec deux yeux neufs, cela ne semble pas modifier fondamentalement la vision des peintures. Aucune n’est « autre », n’a perdu sa sonorité. Comme les verts de la nature morvandelle qui se sont multipliés, des nuances deviennent -ou redeviennent – visibles. A l’Etable, dans la présentation actuelle, bien des noirs ont repris de la couleur !

            Reste, après un bon temps de repos, à reprendre l’élan, le faire fructifier.

            Que la lumière soit !

  

AGENDA 

A l’ETABLE du Bas du Riaux

Toujours l’exposition d‘automne à tendance bleue et noire

Sur RV jusqu’à fin novembre, et

OUVERTURE les dimanches 10 et 17 novembre

De 10h à midi et de 14h30 à 18h 

Bas du Riaux, 64 route de Mesvres

(hameau de Gueunand sur la RD 46 entre Autun et Mesvres)

71190 BRION

  

A la Vignotèque, Montceau les Mines 

Exposition des peintures récentes de Michel DUFOUR

Du 10 au 30 novembre

Mercredi, samedi, dimanche de 15h à 19h

Vernissage le samedi 9 novembre à 18h30

 

Je participe aussi à

Exposition du groupe des 7&+ : Petits Formats

Du 7 au 21 décembre (jours et heures à préciser dans le prochain Journal)

Vernissage le vendredi 6 décembre à 18h30

 La Vignotèque – 31b, quai de Gaulle – 71300 – Montceau les Mines

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