JOURNAL 68

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Publié le vendredi 27 septembre 2019 à 07h44

JOURNAL 68 … Je n’ai pas pu m’en empêcher ! Rien à faire, après de longs mois d’abstinence, et alors que depuis peu une vingtaine de « supports » attendent leur devenir pictural (image 1), j’ai craqué. Depuis un ou deux jours l’un d’eux subit des assauts de pinceaux colorés. De la couleur alors que je m’étais juré de ne rien entreprendre, sauf éventuellement du noir et blanc.

            Pas de couleur avant d’avoir deux yeux neufs fin octobre, et de découvrir un autre monde coloré. Etrange perspective avec laquelle je suis passé de la profonde inquiétude – voire l’angoisse – à l’interrogation, puis l’heureuse impatience de voir bientôt autrement. Drôle de chose que de penser qu’avec deux cristallins artificiels mon univers pictural va peut-être se trouver totalement bouleversé. Que vais-je voir ? Comment vais-je voir tout le travail passé ? Questionnement qui met en lumière la relativité de tout regard porté sur une peinture.

           Que voit le peintre, que voient les « regardeurs » ? Ecrivant cela je suis submergé par l’océan tumultueux des variables rendant l’accord des regards plus qu’incertain. Rien que les particularités anatomiques et mécaniques de l’œil nous différencient ; un peu plus, ou moins, de cônes ou de bâtonnets dans la structure de la rétine, et la vision des couleurs, la perception de la lumière changent. De même la courbure de cette rétine décide des formes minces, larges, voire tordues. Quant au vieillissement … ! Et je ne parle pas du cerveau qui, en définitive, décide de l’interprétation de toutes ces données.

            Résultat ? La rencontre profonde de deux êtres humains à travers une peinture tient de l’improbable, du miracle. Mais ce qui compte c’est celle d’un humain avec la seule peinture, ce qu’il y vit, ne serait-ce qu’un instant. Du simple intérêt culturel à l’émotion qui bouleverse la vie.

            Pour le peintre, la question formelle est plus délicate. Constitutive même de l’œuvre en sa matérialité, elle participe aussi d’autre chose, les abysses intérieures ; nécessité, désirs, fantasmes, rêves, pensées, interrogations … le moteur n’est pas la forme, mais la vie. Et pourtant si la forme n’est pas à son maximum de puissance par rapport à cette vie, aucun miracle n’est possible.

            Anecdote : Musée des beaux-arts de Bâle, il y a déjà bien des années. Je suis depuis de longues minutes en silence devant une peinture de l’américain Barnett Newman « Day before one », grande surface verticale d’un bleu sombre, avec juste deux liserés de bleus plus pâles en haut et en bas. Doucement le gardien de la salle m’aborde, et me raconte le scandale occasionné par l’installation de l’œuvre, et la réalisation d’une réplique par un peintre local pour prouver ce qu’il considère être une supercherie. On installe la « chose » à côté du Newman, et le gardien de conclure « C’était exactement la même chose … mais ça n’avait rien à voir, c’était vide ».

            La forme pour la forme ne peut porter que la mort.

 

            Une artiste qui ne risque pas de se perdre dans ce néant, c’est bien Maria Manuela qui expose en ce moment à Autun (images 2 et 3). « Et si l’imagination était vraie ? », s’intitule l’exposition. Pas de doute là-dessus. Maria Manuela est peintre, sculptrice, brodeuse, bricoleuse, poète, et avant tout conteuse libre de tout dogme ou contrainte esthétiques. Tout est possible dans son univers. Et on jubile, submergé, englouti par ce débordement de vies multiples.

           Et c’est sa faute si je n’ai pas pu résister à l’envie de peindre. C’est un concentré d’énergie positive cet art-là !

          Dommage que l’exposition soit si brève, il ne reste que jusqu’à ce dimanche 29 pour la voir, alors si ce Journal vous parvient d’ici là !!! 

Par contre

La dernière exposition à L’ETABLE, toute en bleu et noir (image 4)

Sera visible sur RV pendant l’automne

avec le plaisir de vous y accueillir ! 

06 42 44 01 21

Bas du Riaux, 64 route de Mesvres à 71190 - Brion

(Hameau de Gueunand sur la RD 46 entre Autun et Mesvres)

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