JOURNAL 64

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Publié le mercredi 22 mai 2019 à 09h12

JOURNAL 64 … C’était il y a un mois, dans le JOURNAL 63, mon dialogue beckettien avec Godot se noyait dans les flammes de Notre Dame. De l’émotion naissait dans le monde une effervescence confondant vitesse et précipitation.

            Un président qui veut reconstruire la Cathédrale, « encore plus belle » (?), en 5 ans, dans l’espérance d’une médaille olympique. Des donateurs faisant de la surenchère à coup de zéros. Des passéistes qui s’accrochent à la flèche de Violet le Duc, sans réaliser qu’à l’époque de son édification ils auraient râlé contre cette verrue moderniste. Des architectes qui rêvent du « geste architectural » qui fera ronfler leur nom pour l’éternité.

            La liste n’est pas exhaustive.

            Je dois reconnaître que j’ai été pris, moi aussi, dans la valse-hésitation entre purisme patrimonial et besoin d’air nouveau. Prise de tête garantie tant il y a d’arguments valides de tous côtés. 

            Alors ? Alors, respirons un bon coup. « Y a pas l’feu au lac » comme on dit sur les bords helvético-savoyards du lac Léman. Autrement dit, il est urgent d’attendre.

            Au milieu de la tempête, garder calme et confiance, comme ce « Christ sur le lac de Génésareth » de Delacroix (image 1) revenu providentiellement dans mon champ de vision en travaillant sur les lettres de Van Gogh qui l’admirait particulièrement :

            « Lui – avec son auréole d’un pâle citron – dormant lumineux dans la tache de violet dramatique, de bleu sombre, de rouge sang du groupe des disciples ahuris – sur la terrible mer d’émeraude montant, montant jusque tout en haut du cadre. Ah, la géniale esquisse ! »           

            Merveille que de se resourcer dans cette jubilation picturale, comme d’aller quelques jours prendre un bain d’océan dans un lieu à double face : côté pile, le large venté, agité, saoulant à souhait ; côté face, les marais salants et leur calme géométrie. Avec la présence des oiseaux ! Goélands qui jouent avec le vent, s’y enivrent, mais aussi, en pleine saison des amours, font leurs nids. Nidification aussi des avocettes en colonies fournies au milieu des marais (images 2 et 3). Rencontré, même, le rare canard tadorne au poitrail rouge (image 4). Des heures à regarder la vie, et à vivre soi-même.

 

            Après cela, le problème de Notre dame semblait plus limpide. L’erreur est de l’aborder par la matière, le formalisme. Il ne s’agit pas simplement de pierres, mais de vie. Vie de ces pierres avec cette évidence que, jusqu’à la fin du XIXème siècle, toute transformation est faite avec les techniques et formes artistiques contemporaines de celle-ci.

            Mais surtout vies des humains pour lesquels ces pierres existent. Vies au pluriel, car si les églises sont avant tout lieu liturgique et de prière, maison du Dieu des Chrétiens, elles accueillent aussi, suivant les époques, bien des vies profanes : marchés, refuge, culture, tourisme, assemblés … C’est ainsi que dans notre petite église de Pignols en Auvergne, le conseil municipal s’y tenait après la messe jusqu’au début du XIXème siècle.

               Toutes ces vies imposent des transformations constantes des aménagements intérieurs.

           Notre Dame de Paris n’échappe pas à tout cela. Alors, pourquoi la figer dans un passé glorieux, Pourquoi ne pas profiter de cet accident de la vie pour oser l’aventure ?

            Voyant dernièrement une photo de la voûte de la croisée du transept effondrée, ouverte au ciel, je réalisais que cela collait parfaitement avec ce qu’est symboliquement ce lieu particulier d’une église : l’axe reliant la terre au ciel, généralement lieu le plus lumineux de l’édifice. Et je rêvais d’une architecture de verre qui garderait ce puit de lumière. Et pourquoi ne pas prolonger le rêve dans la toiture disparue ? Personne ne fera cela.

            Mais ce qui est sûr, refaite à l’identique Notre dame ne sera plus la même, car une copie n’a jamais l’âme et l’esprit de l’original. Ce n’est qu’un animal empaillé.

              J’aime mieux les animaux vivants !

  

AGENDA 

Montceau les Mines, avec les 7&+, encore jusqu’au 5 juin : « les Boites »

A la Vignotèque, 31 bis quai Charles De Gaulle

Mercredis et samedis de 15h à 18h30

Avec les mêmes : Eglise de Toulon sur Arroux, du 3 au 27 juillet.

 

Seul : 

Ouverture de l’Etable du Bas du Riaux à partir de juin

Sur RV au 06 42 44 01 21

 

Exposition à « L’escabeau volant »

CHAMALIERES (63400), 104 avenue de Royat.

Du 5 juillet au 7 septembre

Lundi, jeudi, vendredi, samedi de 10h à 19h

Mercredi de 14h à 19h

 

Avec des œuvres sur papier de Bram van Velde et Maxime Descombin

Etable du Bas du Riaux, du 13 juillet au 4 août

(à préciser)

 

Atelier ouvert avec Etend-art les 17 et 18 août.

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