JOURNAL 62

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Publié le jeudi 28 mars 2019 à 21h24

JOURNAL 62 … Dire ou ne pas dire … et quoi dire ? Question récurrente à chaque fois qu’on montre son travail. Une évidence : il y a attente de celles et ceux qui sont là, face à cette présence inconnue offerte à leur regard. Comment y répondre ? Comment dépasser les banalités techniques, les anecdotes du « faire », l’interrogation sur la figuration ?

            Il y a bien un cœur sous ces oripeaux ! Comment le mettre à nu ?

            Me voilà écrivant au milieu des œuvres exposées à la Vignotèque de Montceau les Mines. Après les longues heures de préparation à choisir et organiser, l’installation qui devient épuisante avec l’âge, le vernissage qui tourne la tête, vient enfin le calme qui permet de regarder sereinement ce qui a été réalisé. Redécouverte d’œuvres jamais vue sous ces lumières, dans cet espace en rapport avec certaines autres, dépucelage des petites dernières qui n’ont jamais connu d’autres murs que l’atelier, ainsi débarrassées de toute la sueur de la réalisation, libres de vivre.

            Une part de jubilation dans tout cela.

            Mais qu’en dire ?

            Longtemps j’ai haussé les épaules : Rien ! rejoignant ainsi bien des artistes. L’œuvre seule doit parler et, de toutes façons, aucun mot ne pourra dévoiler son indicible. Pire, toute explication risque d’en déformer l’essence.

            Objections auxquelles j’adhère totalement.

            Sauf que … la vie m’a amené à les nuancer.

            Tout d’abord parce que si le choix entre peinture et écriture s’est clairement décidé tôt en faveur de la première, l’autre s’est subtilement reglissée dans ma vie, après des années de sommeil, dans le sillage des conférences sur l’art. Beau remue-méninges ! Pas une écriture sur le travail, mais un chemin bien indépendant, parfois même à l’opposé de ce qui se vit en peinture, ou peut-être une certaine face cachée de celle-ci.

            Mais, décisif pour la vie, la nécessité de se défendre, pris entre le marteau catholique et l’enclume laïque, lorsque j’ai proposé un Chemin de croix pour la Basilique de Paray le Monial en 1992. Belle occasion de se pencher sur ce qu’on a fait, entrevoir la faille ouverte, trouver les mots pour la traverser. Et plus que les explications, j’ai petit à petit senti une voie s’ouvrir, indirectement, par une écriture allusive qui tente le même pari que les œuvres plastiques : être une création en soi.

Tenter avec les mots la même entreprise impossible que de créer un petit bout de monde avec formes, couleurs, matières, …

            C’est ainsi qu’en 2015, lors de mon exposition « Paroles de Silence » à l’Agence Nationale pour les Arts Sacrés au sein de la Cathédrale d’Evry, j’essayais de dire ce qui pouvait être de l’ordre de la spiritualité dans le silence de mon travail, à travers un évènement vécu peu auparavant dans une promenade matinale :

 

            « Mais qu’est-ce donc ?

Dans l’air comme un poudroiement du temps.

Sans nous en rendre compte, nous sommes immobiles, tous sens en éveil.

Et il faut de longs instants pour saisir que c’est l’ouïe qui nous fige dans la marche matinale.

Mais qu’est-ce donc ?

Quel est cet imperceptible cliquetis chuchotant par vagues irrégulières,

Verres de cristal effleurés par une main angélique.

 

Un temps,

Regard dans regard, et une fraîcheur de l’air aux paupières, nous voyons les derniers frissons d’une feuille qui vient reposer à nos pieds, puis d’autres alentour, sur le bord du chemin, s’accrochant aux ronces, perdues dans les buissons.

Et c’est par dizaines qu’elles se décrochent, ou seules par ci par là, s’effleurent, hésitent, divaguent ; c’est à droite ou à gauche.

Silence.

Trois notes. Une autre voix en canon, c’est l’effervescence, et decrescendo, à peine un souffle.

Ou une symphonie qui éclate quelques cimes plus loin.

Et puis plus rien,

Sinon deux humains radieux qui, maintenant, glissent plus qu’ils ne marchent, remplis de grâce. »

             Suit un rapprochement avec la rencontre du prophète Elie avec Dieu sur le Mont Horeb, dans un « bruit silencieux », qu’il serait trop long de donner ici (mais je tiens le texte entier à disposition).

 

            En attendant une suite à cette réflexion, à peine esquissée ici, dans des journaux futurs, mieux vaut imaginer ce qui est présenté à la Vignotèque à partir des quelques images proposées, et pour celles et ceux proches, venir voir « pour de vrai ».

            C’est encore visible jusqu’au 6 avril, les mercredis et samedis de 15h à 18h30, et je serai heureux de vous y recevoir.

A Montceau les Mines, 31 bis quai Charles De Gaulle

  

AGENDA

 Exposition avec le collectif « 7 et + » au même lieu en mai.

 Exposition personnelle à « L’Escabeau volant »

Royat : Du 2 juillet au 7 septembre

 Exposition d’œuvres sur papier de Bram van Velde, Maxime Descombin et moi-même

à « L’Etable » du Bas du Riaux, probablement du 13 juillet au 4 août.

            Vernissage probablement le vendredi 12 juillet.

 Atelier ouvert au Bas du Riaux avec « Etend-art » les 17 et 18 août.

 

 

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