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Publié le lundi 25 février 2019 à 07h15

JOURNAL 61 … Cheval marche, raide. Les paysages drômois sont magnifiques, enchantés de lumières. Cheval marche, marche. Le petit bourg de Hauterives, qui s’étale banalement dans la plaine … est devenu un pittoresque village escarpé, et très photogénique. C’est qu’elles sont belles les images, comme celles des magazines de tourisme ! Belle et émouvante l’histoire racontée, pleine de beaux et bons sentiments, belle madame Cheval, comme une vedette de cinéma, même sur son lit de mort, âgée ! Tout est propre, neuf, aseptisé, esthétisant.

            Mais Cheval marche, et avance !

            Je parle du film « L’incroyable histoire du facteur Cheval » retraçant, théoriquement, la vie de celui qui édifia, entre 1879 et 1910, la plus monumentale création de ce qu’on appellera plus tard Art brut : « Le Palais Idéal » de Hauterives dans la Drôme. Dans le JOURNAL 2 de février 2014 j’évoquais mes récentes retrouvailles avec cette œuvre, 40 ans après l’avoir découverte et étudiée. J’étais donc, non sans une certaine appréhension, curieux de voir ce film.

            Et j’ai pleuré, étreint par l’émotion.

            Malgré la banalité filmique transformant en clichés sentimentaux et performances d’acteurs la lutte âpre et volontaire, souvent égoïste, d’un homme têtu, seul contre tout, tous et toutes, mais émerveillé par les images du monde découvertes dans le courrier qu’il distribuait, lors de sa tournée pédestre de 32 kilomètres.

            Pourquoi être ainsi remué par ce film quelque peu racoleur ?

        Parce qu’il y a le Palais qui se construit sous nos yeux, et particulièrement cette image forte du premier élément de l’édifice, frêle arcade dressée, mal étayée, dans la boue du potager saccagé. Moins que rien face à l’ampleur de la tâche. Toute une vie qui va s’édifier sur ce rien. Vertige ! Celui de tout être submergé par un idéal, pour le meilleur et pour le pire. A partir de ce moment inaugural j’ai vécu le film à un double niveau, dans une tension entre tout ce que le cinéaste édulcore, et le partage fraternel avec Ferdinand Cheval dans la marche obstinée vers son destin. Tout cela mêlé aux souvenirs des longs moments du début des années 70 passés dans le Palais, à errer, photographier, regarder les autres visiteurs, les écouter, caché dans quelques recoins invisibles.

Rêver !

Nous ne sommes pas avec la réalisation d’un simplet mutique enfermé dans ses fantasmes. Ferdinand Cheval s’avère être un véritable aventurier de l’art, capable, jour après jour, d’inventer les moyens pour mettre en forme son imaginaire foisonnant. Pas pour lui – même s’il souhaitait que le Palais soit son tombeau (et non celui de sa fille comme dans le film) – mais pour que le monde le voit et s’émerveille, ceci étant bien résumé par une des multiples inscriptions parsemées dans l’édifice : « En créant ce rocher j’ai voulu prouver ce que peut la volonté ».

             Ferdinand et son Palais m’habitent comme Van Gogh et De Staël avec leurs peintures. Bien d’autres artistes m’enrichissent par leurs œuvres, tout autant, mais sans ce rapport passionnel. Je peux donc être troublé par un film convenu qui dénature l’esprit véritable de l’aventure du facteur artiste.

            Tout cela pour dire à ceux, nombreux, qui ont aimé ce film : on vous trompe, l’art ce n’est pas de l’eau de rose, ni des images ou des romances sur papier glacé. C’est le partage avec les autres de facettes du monde mises au jour par des êtres qui consacrent leur existence à ça. On pourrait en dire tout autant de la musique, la littérature, les sciences, etc. Ce qui est fondamentalement regrettable à propos de ce film, c’est l’absence d’aventure cinématographique, de prise de risque artistique, d’âpreté, d’outrance, d’exubérance, pour parler d’un homme et d’une œuvre qui en regorgent.

            Ferdinand Cheval méritait mieux que ça !

        PS : Si j’appelle le facteur Cheval Ferdinand et non Joseph, son premier prénom, utilisé dans le film, c’est parce que lui-même se nommait ainsi.

            Le Journal 2 n’est plus sur le site, mais existe en PDF, tout comme chaque numéro nouveau, et petit à petit tous les Journaux.

            Deux images du Palais Idéal : la première présente une partie de la façade ouest telle qu’elle est maintenant après restaurations, avec tout à gauche la « fontaine » par laquelle Cheval a commencé. L’image 2 montre en partie le même endroit, mais il s’agit là d’une vieille diapositive – scannée - du début des années 70, usée pour avoir servie, avec bien d’autres, dans mes cours pendant 35 ans.

           Les 2 autres images viennent de l’atelier où 11 études m’ont occupé ces derniers temps. L’image 3 semble être un « Adam » qui me perturbe quelque peu, et reste en attente de mise au point. L’image 4 : 3 recherches autour des « Dormants d’Ephèse » qui travaillent mon esprit depuis un certain temps, pour ne pas dire un temps certain.

 

AGENDA, un peu plus précis que le mois dernier :

 Exposition personnelle à la galerie « La Vignotèque »

31 bis quai Charles De Gaulle

Montceau les Mines, du samedi 23 mars au samedi 6 avril

            Les mercredis et samedis de 15h. à 18h30.

            Vernissage : vendredi 22 mars à 18h.

 

Exposition avec le collectif « 7 et + » au même lieu en mai.

 

Exposition personnelle à « L’Escabeau volant »

Royat : Du 2 juillet au 7 septembre

 

Exposition d’œuvres sur papier de Bram van Velde, Maxime Descombin et moi-même

à « L’Etable » du Bas du Riaux, probablement du 13 juillet au 4 août.

            Vernissage probablement le vendredi 12 juillet.

 

Atelier ouvert au Bas du Riaux avec « Etend-art » les 17 et 18 août.

 

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