JOURNAL 53

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Publié le vendredi 29 juin 2018 à 10h04

JOURNAL 53 … « Mais où sont les peintures ? » … La petite dame, assez âgée, était depuis quelques minutes dans la belle salle d’exposition à Charolles (image 2), le regard errant, perdue. Aux murs, un ensemble de monumentales peintures de ce début des années 80, jusqu’à une « Transfiguration » de près de 5 mètres de long (image 3). S’avançant vers moi, elle demandait donc : « Où sont les peintures ? », et le visage se fit encore plus égaré quand je lui indiquais les surfaces colorées.

             Je ne sais ce que cette dame charolaise a retenu de cette confrontation avec l’inconnu, mais je n’étais, à l’évidence, pas capable alors de l’aider dans son incompréhension.

            On est bien peu de chose face au regard des autres. Les motifs pour venir voir une exposition recouvrent toute la gamme de l’âme humaine, et de son esprit bien encombré de préjugés, d’attentes, de désirs. Sans oublier le quotidien et ses aléas.

            Il y a donc beaucoup d’inconscience, voire d’orgueil, pour croire que les œuvres qu’on offre aux regards ont quelque chance d’exister comme nous le souhaiterions. Dans une exposition il faut s’attendre à tout. J’ai vu la belle indifférence de gens bavarder, coude appuyé sur une sculpture, verre posé sur celle-ci, lors d’un vernissage. Ou forcer le passage entre deux peintures dressées dans l’espace, quitte à les bousculer, alors qu’ils ont un « boulevard » 2 mètres plus loin. J’ai connu les journalistes, braqués sur ce qu’ils veulent entendre et s’agacer de ce que vous teniez une autre parole. Jusqu’à celui qui refusait de croire que Longin n’était pas un pseudonyme, se fâchant parce que je « refusais » de lui révéler ma véritable identité. Banalité de ceux qui restent sur le pas de la porte, dubitatifs, timides, sarcastiques, ou entrent pour faire un « tour de piste » au grand galop, les touristes en quête d’un renseignement qui ne jettent même pas un regard aux œuvres, les « vernissés culturels » qui n’apprécient qu’à l’aune de leur magazine préféré. Les obtus qui regardent attentivement, avec même un certain intérêt, une peinture, pour s’en détourner, mécontents, en lisant le titre à connotation chrétienne. Bien entendu, j’ai vu des croyants outrés par les mêmes œuvres, et le manifester.

             Les longues heures de silence, solitaire.

 

            [Intermède auvergnat : Marche. A l’horizon, de part et d’autre, la chaîne des Puys à l’ouest, les monts du Livradois-Forez à l’est. En contrebas un étang bleu vif le long du chemin, qui se révèle être un champ de blé couvert de bleuets. Plus loin, multiplicité de vagues violettes, bleues, jaunes, parsemées çà et là du blanc des marguerites. Incandescence de quelques coquelicots. Brigitte me montre des creux d’herbes couchées, nid nocturne de quelque cervidé. Elle prévoit qu’on en lèvera un bien vite. A peine dit, à l’autre bout du champs un chevreuil détale d’un bond dans le bosquet avoisinant. Et d’autres vagues, plus tempêtueuses, ou plus uniformément de l’une ou l’autre couleur. Renoir et Bonnard se mêlent à cette fête, seuls peintres dans mes pensées à pouvoir peindre ce foisonnement luxuriant. Van Gogh en aurait fait une merveilleuse description dans ses lettres…]

 

            Et puis il y a les rencontres chaleureuses, les regards lumineux, les longs échanges. Bref, le bonheur du partage qui justifie tous les hiatus et atténue cette récurrente insatisfaction qui suit toute installation, : Tout ça pour ça, pour si peu.

Mais un cadeau offert aux regards, librement, et que chacun peut vivre comme il l’entend.

            Et pour l’heure, si je m’égare dans ces propos sur les expositions, c’est que j’en suis à la jubilation de la préparation de celle de juillet au Moulin de Chazeu (image 1) : choix des œuvres, projet de mise en espace dans le lieu, avec toutes les hésitations, envies et sacrifices. J’ai pour habitude, et plaisir, d’arriver dans les lieux d’exposition en ayant une parfaite idée de l’accrochage, quitte à modifier bien des choses sur place. Un peu comme je travaille aux œuvres elles-mêmes.

 

            Donc, rendez-vous en juillet :

            EXPOSITION : « Quelques femmes … »

            Moulin de Chazeu à LAIZY, tout près du Bas du Riaux

            Du 21 au 29 juillet

            10h/12h et 15h/19h les WE, l’après-midi en semaine

            Vernissage le vendredi 20 juillet à 18h30

            Sur invitation du T.RAC

 « Peintures, sculptures, dessins d’un peintre abstrait qui ne cesse de s’interroger sur la figuration, où « Comment rendre présent dans la surface peinte ou le volume l’humain face à moi, ou vivant dans mes pensées ? Comment, sans faire une image de l’autre, le rejoindre et l’évoquer ? ».

En un demi-siècle de travail, de nombreuses réponses ont été apportées, pour se cristalliser dans les « Figures », qui acceptent l’émergence de formes fugaces, d’apparitions incertaines. Et là, les figures féminines sont omniprésentes ; femmes aimées, femmes rêvées, inconnues, ou « célébrités » comme Vénus, Salomé ou Marie Madeleine.

Nombre d’entre elles sont convoquées pour cette exposition, dans des réalisations couvrant les 20 dernières années, en privilégiant les œuvres récentes (image 4). On y trouvera le mariage d’acrylique, tempéra à l’œuf, pastel, fusain, infographie, sur la simple surface ou en volume. »

 

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