JOURNAL 50

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Publié le mercredi 28 mars 2018 à 11h15

JOURNAL 50 … La Meuse glissait sous le ciel bas et gris, le froid glacial. Ombre menaçante des cheminées des centrales nucléaires de Huy, zone semi-industrielle. Il fallait les sourires chaleureux des wallons pour adoucir le trac présent avant la conférence. Surtout que là, j’avais beau avoir confiance en mon propos, j’allais, devant un public réuni autour du vitrail, parler de l’improbable rapport entre Van Gogh et celui-ci.

            Quand je dis improbable, c’est au regard de tout ce qui est généralement admis à propos de l’œuvre du peintre. J’avais très tôt eu la sensation que certaines œuvres arlésiennes de Van Gogh étaient sources lumineuses, et non images de lumière. Après plusieurs mois de travail, il me semblait avoir étayé cela par des analyses stylistiques et des écrits du peintre, en particulier à propos de la série de Tournesols peinte en Arles en août 1888 dont je vous montre ici (image 1) une version disparue, la plus proche, sans doute, du projet énoncé dans une lettre à Emile Bernard la veille de l’entreprendre :

            « J’y songe de décorer mon atelier d’une demi-douzaine de tableaux de tournesols.

Une décoration où les chrômes crus ou rompus éclateront sur des fonds divers bleus depuis le véronèse le plus pâle jusqu’au bleu de roi, encadrés de minces lattes en mine orange.

            Des espèces d’effets de vitraux d’église Gothique. »

 

            La journée hutoise (les habitants de Huy sont les hutois) avait commencée par un accueil en wallon, traduit en néerlandais et en français. Musique des langues, rejointe aussitôt par celle d’une cornemuse wallonne ancienne aux sons d’une rare et douce subtilité. Sur cette lancée réjouissante, mon intervention étant prévue l’après-midi, je pensais passer une matinée tranquille à profiter des autres propositions … jusqu’à ce qu’une informatique désinvolte, puis récalcitrante, bouscule le programme et me propulse à « causer » bien avant la pause méridienne. Curieusement, malgré la précipitation et la menace de la disparition aléatoire des images, face à cette assemblée de 150 personnes, aucun stress. Dans l’instant, pris par mon propos, je me laisse porter par l’envie de partager. Très vite je sens que la salle me suit, et comme toujours dans ces moments-là, c’est dans une espèce d’euphorie que viennent les mots, en pleine liberté. Du pur bonheur, proche, je pense, de celui des acteurs du spectacle vivant. L’inverse de la lumineuse solitude de l’atelier.

            Curieux rapport que celui de l’atelier, de l’écrit et de la parole. Lutte ou complémentarité ? Stratégie sournoise des mots pour grignoter l’hégémonie de la peinture ? Signe : dans notre nouveau lieu, atelier et bureau cohabitent dans la même pièce. Autre signe : l’art est toujours au cœur de l’écriture et des conférences. Constatation : peinture, écriture, conférences, ne touchent pas les mêmes nécessités de vie et d’expression, tout en creusant ensemble le même sillon. Autre constatation : il semble que dans ces dialogues les choses bougent. A suivre ! En tous cas cette conférence belge d’après déménagement est de bon augure.

            J’avais été invité à Huy par le verrier, enseignant en vitrail et … docteur en Sorbonne, Jean Marie Géron. J’ai déjà brièvement évoqué son travail dans le JOURNAL 38 à propos des vitraux qu’il a réalisé pour la belle église romane de Lancharre dans le clunisois (images 2 et 3), et dont il posera les derniers en juin prochain. J’avais eu le privilège, il y a quelques années, de voir dans son atelier ses premiers essais pour cette matière riche et colorée, vivante. Mais je n’imaginais pas la retrouver en ce lieu et rayonner ainsi en parfait accord avec l’architecture. Le passage à Huy a permis de voir un autre ensemble, plus ancien, dans l’église Saint-Pierre de cette ville (image 4). C’était en fin de journée, dans une lumière grise, et pourtant la vibration de ce monumental triptyque dominant le chœur illuminait l’être. Rien d’autre à faire que de s’asseoir et vivre l’échange avec la lumière colorée. Aucune question, rien que le bonheur d’exister.

 

            J’aurai le plaisir d’un autre partage lors d’une conférence que je donnerai à Vic le Comte vers la fin de l’année. Dans le cadre de la participation des « Amis de la Comté Républicaine » aux commémorations de la guerre 1914/1918, j’évoquerai l’art dans ces moments :

                        1914/1918, l’art en question.

 

            Et puisque l’AGENDA semble reprendre du service, se profile aussi la première exposition en terre morvandelle. Ce sera dans un lieu culturel champêtre, mais riche de sa vitalité et de sa qualité, « Le moulin de Chazeu » à Laizy (à deux pas du Bas du Riaux) animé par l’association TRAC, autrement dit Tourisme-Rencontres Artistiques et Culturelles.

                        20 au 29 juillet

            En attendant les précisions en ce qui concerne l’ouverture de « L’étable » du Bas du Riaux.

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