JOURNAL 49

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Publié le mardi 27 février 2018 à 20h55

JOURNAL 49 …. Décidément, le froid n’empêche pas un brin de sève printanière d’insuffler une énergie nouvelle après quelques – longues – semaines léthargiques. La sève montante et le plein d’expositions parisiennes du début d’année, dont certaines ont été évoquées dans le JOURNAL précédent.

            J’allais commencer par celle qui m’a le plus marqué fin janvier, la rétrospective Jean Fautrier au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, quand j’ai été frappé ce dimanche par le passage de l’Evangile sur la Transfiguration. Jésus y est vu « …transformé devant eux, et ses vêtements devinrent éclatants, d’une blancheur extrême, tels que foulon sur terre ne peut ainsi blanchir. ». Un vrai casse-tête pour un peintre ! Pour paraphraser Soulages, nous voilà avec un véritable « outre-blanc » quasi inatteignable. La Transfiguration est un thème peu abordé dans la peinture occidentale, et quand il l’est, demeure toujours « en-deçà », dans une figuration toute terrestre. Même dans un chef d’œuvre comme celui de Bellini à la Renaissance. Quant à l’Orient et ses icônes, et il en est de magistrales, il reste uniquement dans l’ordre symbolique, avec l’image avant tout conçue comme écriture. Mais ce blanc ? Cette incandescence qui rend la divinité éblouissante invisible ? J’ai fait quelques tentatives dans ce domaine, qui restent bien « extérieures », la plus acceptable étant une grande peinture de 1997 (image 1). Dans les techniques plastiques « classiques », seul le vitrail pourrait atteindre ça, ou une peinture qui rejoint la puissance lumineuse du vitrail.

            Réalisant cela, je comprends mieux pourquoi ce texte m’a ébranlé de nouveau maintenant. Il vient en écho de ma principale occupation actuelle, la conférence dont j’achève la préparation sur « Van Gogh, les Tournesols, le Vitrail ». Ce sera lors des « Rencontres du verre et du vitrail » de Huy en Belgique le 17 mars. L’origine de cette étude est venue de cette sensation que la lumière émane de certaines peintures de Van Gogh, par-delà toute représentation, et la découverte de la filiation que le peintre fait lui-même avec le vitrail dans certaines lettres. Enquête vivifiante sur le quand, pourquoi et comment.

            Et Fautrier dans tout ça ? Pas d’éblouissement, mais un cri silencieux profond, qui rejoint la plénitude. Loin de la lumière de Van Gogh, il me semble pourtant rejoindre celui-ci par cette alchimie entre expression, voire expressionnisme, et sérénité. Un art qui émeut, bouleverse, et apaise, réjouit.

J’ai déjà évoqué Fautrier dans un autre JOURNAL à propos de mes Martyrs dont ses Otages sont une des sources, mais aussi pour mon rejet de ce travail lorsque je l’ai découvert, adolescent. Comment pouvait-on appeler peinture ce magma informe ? Comment comprendre cette référence à la réalité dans cet art, qu’on nommera informel, et l’insistance du peintre sur ce lien ? Je me pencherais bien sur tout ça dans un prochain « REGARD SUR ». En attendant, voici 2 images. La première (image 2), « Nature morte aux poissons » de 1929, ou comment tirer le noir vers la lumière ? Nous sommes à la fin d’une longue exploration qui mène le peintre d’une figuration expressionniste aux prémices de sa plongée dans la matière. Et par opposition, ce savoureux « Son petit cœur (nu) » des dernières années du peintre.

            Autres beaux moments, dans un univers bien différent, l’exposition « Etre moderne » à la Fondation Vuitton. Un siècle d’existence du MoMa de New York. Accumulation de grands noms, et mélange des genres. Cézanne, Picasso, Matisse, Brancusi, Newman, Rothko, Chirico, Warhol, Malevitch, et bien d’autres, mais aussi design, Mickey, Eisenstein, installations contemporaines, créations numériques. Et pour terminer ce marathon de plus de 200 œuvres, un bien beau temps de méditation avec ces 40 haut-parleurs diffusant les 40 voix d’un motet de Thomas Tallis, permettant d’écouter l’ensemble, ou les voix séparément en déambulant d’un haut-parleur à l’autre. Pur bonheur !

            Enfin, pour reposer l’œil et l’esprit, une intime exposition, à la Fondation néerlandaise Custodia, de peintures et dessins de Georges Michel, paysagiste français du début 19èm siècle ; entre romantisme et début de la peinture de plein-air. Réjouissant.

            Après tout ça, en quelques jours, j’ai terminé les 7 petites études projetées en octobre (voir JOURNAL 45). Quelques belles heures à ressentir sous les doigts le rugueux du papier et l’onctuosité du pastel, à chercher la lumière dans ces 3 ombres du calvaire breton de Braspart (image 4, qui présente un trio de ces « 3 Marie »). Une sympathique entrée en matière en attendant des acryliques dont le frémissement se fait sentir.

            Après plus d’un an sans peindre, il était temps !

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