JOURNAL 45

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Publié le jeudi 26 octobre 2017 à 11h05

JOURNAL 45 …. Tout finit par arriver ! L’atelier, que les quelques photos du dernier JOURNAL montraient bien vide, bien neuf, s’anime enfin. Ce ne sont que des frémissements, entre la rêverie et le pur matérialisme, mais des prémices qui illuminent l’esprit.

            Attendent, depuis un an, 7 petits supports pour tempéra et pastel. Dès l’origine j’en pressents les tonalités chaudes et la lumière. Des griffonnages en préparaient la structure quand le grand chambardement m’a éloigné de toute création. Les voilà dans l’atelier, impatients de savoir à quelle sauce ils seront enluminés. Les voilà et, avec le temps, tout s’est effacé, hors la direction colorée, cette envie de chaud profond, lumineux et grave née peut-être d’une opposition avec les 4 « En bleu » (image 1), dernières peintures achevées à Pignols.

            Alors je plonge sans idée préconçue, légèrement, dans mes cahiers de dessins, pour nouer le fil entre des formes, ces supports, et ce qui sourd au plus profond. Ces cahiers accumulent des dessins depuis de nombreuses années. Beaucoup sont nés lors des « oraisons » des religieuses du carmel de Mazille que je fréquentais assidument lorsque j’habitais Charolles. Jean Sébastien Bach en a vu naître bien d’autres. A chaque fois des dessins automatiques, menés dans la méditation et le silence intérieur. Laisser faire ! Et puis, plus rares, des croquis de sculptures, souvent délassements vacanciers, ou appel impérieux comme en ces longues heures passées à fureter et dessiner les sculptures de Bourdelle dans une exposition à Montceau les mines en 1990. Les incursions bretonnes comportent toujours un temps pour cela, et c’est un de ces dessins (image 2, dessin du bas) qui m’a saisi l’autre soir, avec une évidence telle que déjà en défilaient sous mes paupières les variations possibles. Il a été réalisé à partir du calvaire de Brasparts (image 3) dans les Monts d’Arrée, région de Bretagne que j’affectionne particulièrement. J’éprouve un plaisir enfantin à cette imagerie des enclos bretons. C’est bavard à souhait, souvent grotesque, mais aussi touchant par l’atmosphère, émergeant comme naturellement du sol aride. Or ces 3 femmes de Brasparts atteignent une puissance toute autre que les illustrations de pierre pour sermons en plein air. Ces 3 ombres identiques soutiennent un Christ raide avec des nœuds de mains qui rejoignent les gravures préhistoriques de Gavrinis. Trinité grave et déterminée qui dit tout le défi à la mort du sacrifice de la croix. Je savais qu’un jour je les affronterais. Le moment semble venu.

            Plus terre à terre est une autre entrée en vie de l’atelier. Il s’agit de finir la préparation d’autres supports. Le collage de vieux draps sur leurs châssis de bois était resté, lui aussi, en plan. 4 nouvelles peintures, mais quoi, comment ? Tout reste à déterminer, et cette phase matérielle est essentielle pour entrer dans l’univers de ces œuvres à venir, cheminer vers la rencontre de ce qui attend et qu’il faut saisir. Là aussi les carnets de croquis vont être mis à contribution.

Ceci dit, le processus créatif ne se fait pas nécessairement dans cet ordre. Si aucun dessin des carnets – ou presque – n’est destiné à un projet précis, il arrive souvent que j’y cherche les formes pour cela. Comme si la part inconsciente de ces petits, souvent très petits, croquis contenait en germe les chantiers futurs. Mais en ces temps de reprise où la tête dispersée a du mal à se concentrer, primauté est donnée à ce qui s’impose instinctivement.

            Or, voilà qu’une demande ouvrant sur l’autre pan artistique de la vie met en branle la petite tête. Un ami, maître verrier belge dont j’aurai à reparler, me presse pour venir faire une conférence à l’occasion d’une journée de rencontre sur le vitrail qu’il organise tous les 2 ans à Huy, près de Liège. Après hésitation, j’ai accepté d’intervenir en mars prochain pour aborder une question qui me « titille » souvent en travaillant sur les œuvres de Van Gogh de l’été arlésien : la puissance lumineuse de la couleur qui semble littéralement éclairer l’espace autour d’elle. J’y ai vu très vite une équivalence avec les vitraux ….. ayant de plus la surprise, il y a quelques temps, de trouver une allusion à cela dans une lettre du peintre à propos des « Tournesols » de cet été 1888 (image 4, déjà montrée en d’autres Journaux, mais….). Quelle belle occasion de creuser la chose, de voir en quoi et comment cela peut être expliqué. Belle occasion aussi de remettre les études sur Van Gogh sur les rails, et de partager un temps d’amitié fructueux.

            Bref, on dirait que les affaires reprennent. Reste à finir maintenant le lieu qui va accueillir les œuvres, et permettre de les voir !

            Passons l’hiver !

 

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