JOURNAL 41

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Publié le mardi 30 mai 2017 à 17h13

JOURNAL 41….. La vision fut brève, et pourtant lumières et couleurs restent encore une féérie. Vision d’une salle de classe rutilante et étrange, immédiatement vécue comme un bonheur offert. Je l’avais à peine entrevue par la porte ouverte, allant avec ma classe vers une autre salle, banale. L’ai-je revue après ? Je ne sais. C’était en 1956 à l’école primaire toute neuve. Je venais d’avoir mon premier contact avec l’œuvre de Maxime Descombin, et c’est seulement en 2003 qu’une photo de cette salle de classe – en noir et blanc malheureusement – a réveillé l’émotion et fait le lien. Ainsi à 9 ans un véritable choc esthétique venait de celui qui serait si présent dans mon cheminement artistique bien des années après.

            Souvenirs, souvenirs, ils affluent. Ecueil ! Je voulais compléter le texte un peu court de la première rubrique « Regard sur », et me voilà égaré dans les nombreux moments d’amitié partagée, ou méditant sur l’énigme du rapport entre mon travail et celui de Maxime.

            Revenons à la « sérialité » avec un deuxième exemple ouvrant à un autre monde que celui de « Deber », sujet de ce « Regard sur ». Il s’agit du « Monument à la Résistance et à la Déportation » de Mâcon. Après l’extrême économie du carré plié, sa compacité et son intériorité, nous voilà avec un élément de base, ce « simple » selon la terminologie du sculpteur, en fait plus complexe, proche de la décantation d’une figure humaine, qui se déploie dans l’espace telle une forêt d’ombres silencieuses. Deux phrases donnent l’enjeu de l’œuvre. Tout d’abord cette citation de Paul Eluard qui fut, semble-t-il, le déclencheur :

           « La nuit où l’homme se libère

              La nuit où l’homme fait le jour. »

            Et puis le texte de Maxime, gravé au sol, entouré des noms des principaux maquis du mâconnais et des camps de concentration :

               ANONYMES     SANS VISAGES     SE RESSEMBLANT TOUS

            SE RASSEMBLANT TOUS     LA MEME FOI     LIBERATION

                           MULTIPLE     NOUS ETIONS    UN

            Difficile de dire mieux l’adéquation entre les différentes réalités du Monument. Les deux conditions humaines évoquées : Résistance et Déportation, l’armée des ombres invisibles et les fantômes rayés des camps. La forme matérielle de l’œuvre dont la sérialité touche au plus profond cette humanité, s’imposant tout à la fois comme masse vivante et, en s’approchant, comme individus liés les uns aux autres, nous incluant dans leur vécu. C’est proche des « Bourgeois de Calais » de Rodin, mais mystérieux; démultiplié, insaisissable, et d’un universalisme lavé du psychologisme et du « savoir-faire » virtuose. De cela Maxime avait tâté, jeune, avec de nombreux portraits, mais senti les limites si l’on veut placer l’art au cœur de la cité. La double direction de ce rôle social assigné à la sculpture, et de la démarche sérielle, a imposé un nouvel outil : l’usine. Et le tailleur de pierre s’est fait maître d’œuvre, et poète, imaginant par dessins et maquettes dans son atelier pour orchestrer ensuite les réalisations en usine, avec cette capacité étonnante à utiliser aussi bien, aciers divers, béton, pierres, granit.

            Les images proposent, en plus d’une photo de Maxime Descombin datant de la fin des années 80 (image 2), 2 photos du Monument (images 1 et 3) et une, plus particulière (image 4), d’une sérigraphie tirée du cahier OMBELLE réalisé à la fin des années 70 en collaboration avec Pierre Bonniel, compagnon de toujours en quête artistique, et longtemps président de l’APAD (Association pour l’atelier Descombin), et le photographe Pierre Plattier. Première collaboration avec le sculpteur pour lequel nous réaliserons ensuite d’autres sérigraphies. C’est la pratique de cette technique pendant 30 ans (voir des exemples à la rubrique PEINTURES, ss rubrique « Autres techniques ») qui m’a amené à effleurer dans certaines recherches la sérialité avec cette possibilité de « jongler » avec un motif pour créer des œuvres différentes. C’est aussi le cas du « Chemin de Croix 92 » destiné à la Basilique de Paray le Monial, et maintenant dans l ‘église St Hubert du Noirmont en Suisse (voir IN SITU). Mais ça n’est chez moi qu’une voie possible parmi d’autres, et non la haute exigence de vie de Maxime.

 

            Le « Monument à la Résistance et à la Déportation » est situé Carrefour de Saône, à la sortie nord de Mâcon. Il est fait d’une quarantaine de plaques de  granit bleu de Bretagne de 3,50 m de haut, assemblées 2 à 2 tête-bêche, réparties en 3 ensembles sur des socles en béton de hauteurs différentes.

            La photo de la salle de classe de l’école primaire du quartier de Saint Clément à Mâcon se trouve dans le très beau livre « Regard sur l’atelier Maxime Descombin » réalisé par les éditions Comp’Act et l’APAD en 2003. Maxime avait réalisé pour celle-ci un mobilier expérimental. Deux bas-reliefs de lui seront aussi installés quelques années après sur les murs latéraux de l’école.

 

Le JOURNAL JOURNAL 42 ne paraîtra probablement qu’en juillet,

après l’émigration vers le Morvan avec un déménagement la dernière semaine de juin…

En attendant on peut relire les anciens numéros !!!!!

 

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