JOURNAL 40

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Publié le samedi 29 avril 2017 à 07h50

JOURNAL JOURNAL 40 …. Eh oui, déjà 40 numéros ! 4 années de site, et vous êtes en moyenne 400 à le visiter par mois. Et 4 nouvelles années se profilent, avec quelques changements à découvrir bientôt, en particulier une meilleure adaptation aux outils modernes. Mais JOURNAL JOURNAL sera toujours là.

            Au milieu des travaux et préparatifs de déménagement, l’atelier se vide petit à petit et la création somnole. Mais la peinture reste une préoccupation quotidienne, et, dernièrement, 2 conférences m’ont amené à me pencher sur les icônes, en particulier sur cette merveille qu’est la « Trinité » d’Andreï Roublev (image 1). Roublev, je l’ai rencontré pour la première fois avec le film éponyme de Tarkovski, autre merveille, dont certaines images hantent régulièrement ma vie encore maintenant. Deux conférences, donc, à l’opposé l’une de l’autre. La première dans laquelle les icônes n’étaient envisagées que d’un point de vue très formaliste (et souvent erroné) excluant toute l’essentielle substance spirituelle. La seconde, à l’inverse, offrait un sublime moment de théologie autour de cette « Trinité », en lien avec sa réalité plastique. Contraste qui m’a semblé mettre en évidence la difficulté à aborder des œuvres d’art qui, dans leur fondement, ….. n’en sont pas. Je veux dire par là que l’existence d’une icône ne tient pas à une quelconque recherche « artistique », mais au seul rôle de support de prière, d’intermédiaire entre l’humain et Dieu. La qualité esthétique semble d’autant plus accessoire que cette icône, comme bien d’autres, a été longtemps dissimulée sous une parure d’orfèvrerie qui ne laissait voir que les visages et les mains. Mais l’iconographe, engageant son être entier dans cet échange spirituel, peut être aussi un génie de la peinture !

            On peut probablement envisager l’essentiel de ce qu’on appelle « art » avant le 15ème siècle occidental à travers cette interrogation. Il faut avoir parcouru, dans l’obscurité, 300 mètres de galerie dans la grotte de Rouffignac en Dordogne, et se retrouver sous le « plafond », pour réaliser l’absurdité sublime de ces animaux qu’il était pratiquement impossible de voir (image 2) ; à l’origine il n’y avait que 60cm entre sol et plafond, et certains animaux sont si grands que leur auteur lui-même ne pouvait les voir en entier.

            On pourrait multiplier les exemples de ces œuvres dont l’existence ne tient pas à leur visibilité, des peintures funéraires égyptiennes aux sculptures, peintures et vitraux du Moyen Age qu’il faut cesser d’envisager comme « Bible des illettrés » la plupart n’étant pas accessibles aux laïcs, et on peut rester dubitatif devant les programmes iconographiques si cohérents mais illisibles les grandes verrières colorées des Cathédrales gothiques.

             Quelles intentions se cachent là ? Qu’est-ce qu'il s'y joue pour l’humain ? Au-delà de ces points d’interrogation s’ouvre une nouvelle boîte de Pandore. Restons sagement en deçà pour l’instant.

 

            Quittons la peinture et terminons ce JOURNAL. En évoquant un moment d’intense émotion théâtrale. C’était au début de ce mois d’avril à La Chaise Dieu, une co-production de 3 scènes nationales de la pièce « La ville ouverte » de Samuel Gallet, offerte ici par la Comédie de Saint-Etienne. Nouvelle Trinité, ou plutôt triade : 3 femmes ; 3 femmes en proies aux affres du quotidien, rêvant d’une autre vie ; et le rêve est là, où les 3 femmes se rejoignent. Rêve ou cauchemar ? Et nous voilà transporté dans l’histoire de Damoclès et son épée au-dessus de la tête. A chaque instant, rêve ou réalité ? Là-bas dans la mythologie grecque, ou maintenant dans ce monde qui joue à se faire peur ? On rit, on pleure, on suffoque d’émotion, emporté par le texte magistral, et par la mise en scène somptueuse de jean pierre Baro. C’est Beckett et le Théâtre du Soleil réunis. A 35 ans, notre neveu Samuel confirme qu’il est un grand dramaturge. J’en jubile encore.

 

 

Dans très peu de temps JOURNAL JOURNAL se trouvera dans la rubrique « ACTUALITE », avec de nouvelles mises en page, et une rubrique « REGARD SUR… » qui, chaque trimestre, s’intéressera à une œuvre, ou une réflexion sur l’art.

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