NEIGE SUR FUKUSHIMA

Ensemble de 5 triptyques créés pour la Biennale « Présence » d’Issoire en 2012 dont le thème imposé était : Le Haïku visuel.

Encre, tempera, pastel sur papier marouflé sur médium gravé. 75/70x40cm chaque.

Complété par une sculpture : « Mur d’eau – Murmure - Blanc des flocons sur nos cils » Encre et tempéra sur papier gravé, acrylique sur bois gravé et sculpté, galet.Ht. : 170 cm.

Dans son principe créateur – mais pas dans le monde qu’il crée – le haïku s’apparente à la fulgurance de l’image surréaliste, de l’image littéraire bien entendu. Domaine de l’éclair, pierre de foudre, collision. Alchimie de l’instant.

A l’opposé de ce qu’exige le geste du peintre ou du sculpteur. Je ne crois pas que Magritte ou Dali me contrediraient, et on les imagine mal « torcher » leurs images dans le même temps qu’il leur eu fallu les écrire.

Donc, à priori, le pari du haïku visuel m’a semblé impossible à tenir… et c’est probablement ce qui m’a décidé de tenter l’aventure. D’autant plus, et c’est un autre aspect de l’impossibilité du pari, que la démarche abstraite semble hors-jeu. Mes démêlés avec l’art sacré chrétien ont été du même ordre.

Cette force de l’insignifiant, du « si peu », mais qui ouvre à l’essentiel de la vie par des images, comment le rendre de manière abstraite ?

Règle du jeu envisagée :
3 vers, 1 univers … bousculé par une « surprise », détourné, illuminé, transcendé. Organisation plastique en 3 parties formant une unité, et dont l’une des parties change, remet en cause, fait chanter, distrait, exacerbe, etc…les 2 autres. Pas de prise en compte de la rythmique rigoureuse, d’autant plus que dans l’histoire du haïku cette contrainte est loin d’être toujours respectée.Voilà un point de départ. Point de départ qui s’est invité alors que je travaillais à une série de pastels ovales…et, petit à petit, certains de ceux-ci ont intégré la règle.

De cette première phase de travaux il est ressorti qu’il fallait prolonger l’expérience par des compositions intégrant plus fortement l’ovale. La règle du jeu, identique, s’enrichissant du choix de triptyques en écho aux 3 vers du haïku, et d’une technique à 3 niveaux : relief, encre/tempéra, pastel.

Je méditais le pourquoi et le comment de cela quand la radio m’envoya des échos de témoignages, un an après, sur la catastrophe japonaise.
La neige tombant sur les rescapés la première nuit m’a saisi.
Il n’y avait plus qu’à se laisser emporter…ou presque

Parallèlement à ces recherches, je ressentais la nécessité d’aborder la question par la sculpture. Tout à fait possible d’y appliquer les mêmes règles du jeu, sauf que le geste est encore plus lent, la réalisation plus encombrée de processus qui éloignent de l’immédiateté requise.

Après quelques insomnies, c’est dans le cours des autres travaux que la réponse est arrivée. Le regard qui tombe sur une petite sculpture dans l’atelier…et la résonnance de celle-ci avec les « Fukushima »en cours.

Réalisée en deux temps, cette sculpture a d’abord été un assemblage de 4 petites tempéras pour un autre projet. Réalisation en principe éphémère, mais dont le charme m’a un moment convaincu qu’il fallait la compléter. De là est venue la partie supérieure avec le galet…ce galet qui faisait sympathiquement écho aux ovales.

Et, curieusement, j’ai tendance à croire que cette petite sculpture est la plus « haïku » de l’ensemble de ces recherches, venant un peu comme un enchantement, décidant quasiment d’elle-même ce qu’elle doit être.

Pour la présentation, l’idéal était que les 3 éléments choisis forment à eux trois un autre haïku. Dans tous les cas la sculpture s’imposaitet la disposition devait tenir compte de cette unité à réaliser.

Images, de gauche à droite :

  • Ensemble des « Fukushima » achevés dans l’atelier.
  • Préparation pour la présentation du triptyque choisi pour la Biennale.
  • Installation à Issoire
  • Sélection de « grands pastels » préparatoires à Issoire.
Regard sur