NOLI ME TANGERE

Marie Madeleine est la « figure » la plus présente dans mon travail, que ce soit en peinture ou sculpture (voir pour ces dernières à la rubrique concernée). Je lui ai consacré aussi quelques textes. C’est particulièrement l’épisode ou le Christ lui apparait ressuscité (Jean 20, 11), ce « Noli me tangere » qui a nourrit sa présence. Le texte suivant a été écrit pour l’exposition « Autour de Madeleine » dans la crypte de l’église de Saint Julien Chapteuil (Haute Loire) en 2008.

Noli me tangere,
… longtemps, seule la musique de ces 3 mots m’a suffi, baignant dans le mystère dû à ma méconnaissance du latin.

Noli me tangere, ne me touche pas.

Ne me touche pas. Il est mort, le voilà vivant.

La femme qui l’aime, éblouie, le retrouve au milieu de ses larmes,

Et tombe comme un couperet : arrière !

Arrière, mais ...et avec ce mais la femme qui aime, consumée, est appelée à l’incandescence d’un autre amour.

Madeleine, amante du Christ, devient l’amante de l’Humanité. Nouveau retournement pour celle qui, du fond de sa misère, avait transfiguré dans les larmes, les cheveux et le parfum, des années de mépris.

Pécheresse, est-il écrit. Vite traduit par prostituée sans que ce soit explicite.

Prostituée, soit. Personnellement ça me va mieux que l’image de reine véhiculée par toute une littérature à la mode.

Prostituée, avec tout ce que ça comporte d’avilissement, de détresse, de violence, de tromperie. Pas une prostituée à la J. Kellen offrant son corps par amour, presque par charité, en femme libérée. Non, de celles qui vous insulte avinée ou droguée, vous et Dieu avec, et alignent les passes sur la banquette des voitures.

Et c’est à travers l’humanité cependant pleinement là, sous ces couches de crasse, de fard, et de mauvais parfum, que Jésus choisi de faire annoncer sa Résurrection. Ça me paraît bien plus révolutionnaire et évangélique que l’image d’élue qu’on nous assène actuellement, que celle-ci soit gnostique, féministe ou tirée des stéréotypes people. Toutes ces tendances ne sont là que pour édulcorer, enjoliver, ou caresser dans le sens du poil, de la chevelure faudrait-il dire concernant Marie Madeleine, en un mot pour rendre celle-ci acceptable.

Mais Marie Madeleine est-elle une Sainte acceptable ? St. Paul n’en parle même pas dans sa liste des témoins de Jésus ressuscité, et

il est bien difficile de réunir les pièces du puzzle évangélique la concernant.

Peut-être sa richesse est-elle là, dans cette diversité mystérieuse, cette ouverture permettant d’en faire une Marie l’Egyptienne bis, un symbole de la pénitence, l’apôtre des apôtres, voire la mère de l’enfant de Jésus.

Une traduction récente de noli me tangere est « ne me retiens pas… ». J’ai été un temps séduit par celle-ci mais il me semble qu’elle aussi adoucit trop cet inacceptable « ne me touche pas » qu’il faut dépasser pour atteindre l’infini.

Par contre, je trouve que mis dans la bouche de Marie Madeleine elle-même, elle devient une merveilleuse invitation à vivre toute sa richesse et sa lumière.

Ne me retiens pas…C'est-à-dire sois toujours dans le mouvement, ne cherche pas à fixer mon image. Je suis insaisissable et on ne me possède pas, on ne me possède plus.

J’ai tendance à penser que, même si les Madeleine de De La Tour sont à l’origine de mon travail, c’est cet insaisissable qui est le moteur des œuvres présentées ici. Cet insaisissable ouvert à la lumière.

Ne me touche pas

Ne me retiens pas

Mais porte en ton cœur l’humanité vivante, et partage.

Regard sur