REGARD SUR

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LES TITRES

Nommer une œuvre, lui donner un titre, vaste question, l’air de rien.

A quoi cela sert-il ? Et à qui ? Et qui le donne, ce titre ? Questions indissociables dont le mélange des réponses ouvre à une infinité – ou presque – de réponses.

Généralement le titre sert d’information, de précision pour une œuvre quand celle-ci est mise au regard d’un publique étranger à sa réalisation. Le peintre qui fait un portrait sait de qui il s’agit, et le portraituré aussi. Mais dans un musée, des années voire des siècles plus tard !

Il faut réaliser, alors, qu’en ce qui concerne le passé, les titres viennent rarement des auteurs mais plutôt des différents propriétaires, des conservateurs de musées et historiens. On est là dans un simple aspect pratique et informatif, qui souvent ne nous dit pas grand-chose de l’œuvre elle-même.

A partir du XIXème siècle la question s’élargit singulièrement.

En premier lieu par l’augmentation des sources d’informations : témoignages, écrits des peintres et des critiques, catalogues, etc.

Mais deux orientations artistiques vont surtout rebattre les cartes.

La forte influence littéraire sur le monde des arts plastiques, depuis le Romantisme, le Symbolisme et le Surréalisme, jusqu’à la quasi-dictature de la pensée conceptuelle qui règne depuis quelques décennies.

L’apparition, au début du XXème siècle, d’un art dit « abstrait », qui abandonne toute référence à une représentation quelconque.

Tout cela offre une gamme merveilleuse de titres, qui va du simple terme de « Composition » suivi d’un numéro ou d’une date, au délire poétique qui entre en dialogue énigmatique avec l’œuvre, la prolonge. Sans compter sur les cas où le titre et les propos sur l’œuvre deviennent plus importants que celle-ci.

Pour ma part je n’ai jamais envisagé de nommer mes peintures figuratives de jeunesse, sauf deux exceptions. Un paysage sur lequel s’inscrivait un poème, et une « Femme et son enfant morte » peinte d’après une sculpture éponyme de Rodin.

Par contre, rares sont les œuvres abstraites sans titre ou avec simplement une dénomination par sa technique comme de grand « Quadriptyque sur jute » du début des années 70 (image de gauche).

Ainsi prolifèrent au long des années des « personnages » et « portraits », réels ou mythiques, souvent bibliques, imaginés et cherchés, ou imposant leur identité en cours ou fin de travail, comme une évidente révélation. Des sentiments ou interrogations d’un moment ouvrent à des ensembles d’œuvres, parfois foisonnants, comme celui sur la Cappadoce de 2008 à 2010, quand d’autres reviennent de manière récurrente à l’image de la « Passion » après le travail sur le « Chemin de croix » destiné à la Basilique de Paray le monial en 1992. Quoi qu’il s’agisse, le processus identitaire relève du cas par cas. Quelques exemples à partir des images (de gauche à droite après celle du « Quadriptyque ») :

  • « Le voile de Marie » : Pour l’exposition « Résonnances » lors de l’inauguration des restaurations de Notre Dame du Port de Clermont Ferrand, je souhaitais réaliser une grande peinture sur Marie qui dialogue avec l’ocre jaune de l’enduit tout neuf. Double contrainte de sujet et de forme. C’est en scrutant dans mes carnets de dessins que je trouvais ce déploiement comme un grand voile flottant dans les airs, un peu comme une Assomption. Le titre est venu immédiatement à la vue du dessin.
  • 3 petites « Madeleine » : A gauche et à droite deux des premières « stèles » en bois gravé et peint. Je ne sais plus si, au stade de la gravure, j’avais déjà en tête leur identité, mais faisant partie d’un ensemble contemporain de « Madeleine », et avec pour seul titre « Madeleine 057 et 059, c’est fort probable. Dans ce cas les titres restent de type catalogue, nous indiquant seulement l’ordre de réalisation dans l’année 2005. Plus caractérisée est celle du centre, la « Madeleine courtisane », avec sa robe de gaze, 5 ans après, le titre venant à la fin du travail.
  • « Two Figures at sunset » : Ce n’est pas la première fois en 2013 que j’utilise l’anglais pour un titre, et il ne s’agit pas de souscrire à la mode de l’anglicisme. Ce choix vient seulement du fait qu’ainsi le titre est plus musical et ramassé que si j’avais utilisé « Deux figures au soleil couchant ». Incongruité qui me semble en rapport avec celle d’une identité aléatoire. Début d’une voie ou le titre devrait jouer un rôle plus poétique, à suivre …
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