Essais de chemin de croix de Jean Paul Longin, artiste plasticien près de Clermont-Ferrand en Auvergne.

Ensemble non abouti qui devait former un Chemin de Croix écrit. Ici, 3 des stations.

CHUTE

Cri d'une chouette – unique – en fuite.

Et le ronron du moteur. Les deux phares éclairent un vague bout de terre détrempée. On devine alentour, proches, des arbres – hauts. Serrés contre un tas de bois, bâché de noir, un groupe d'enfants. Petits.

"Creuse." Pelle à la main il titube. Maculé, il creuse. Soutane jetée dans une flaque.

Du côté des hommes en arme on s'impatiente. Toujours impatiente, la force.

Il est seul. Il creuse, en larme, et la pelle de plus en plus lourde De glaise collante. Il titube.

Coups de bâtons, pourquoi pas ?
Et la botte dans les reins qui le déséquilibre.
Visage dans la boue.
Jouissance du soldat à l'enfoncer sous son pied.

Mange ta terre

baise la ta terre

dégueule là.

Jusqu'à l'asphyxie et le corps crispé, tétanisé.

Et pourtant prie pour eux, les enfants.
Il ne peut plus voir les silhouettes
blotties contre le bois.
Sur son visage,
ses mains ajoutent autant de glaise qu'elles en ôtent
Bloc de glace
Tout le corps tremblant aussi de froid.

Et encore creuse.

Et puis c'est fini
Applaudissements
Sept petites fosses devant lui.
Il est à genoux, mains sur la nuque à respirer fort
et sangloter encore.
Yeux ouverts il attend,
yeux pour voir, pour garder cette force
jusqu'à la dernière seconde.

Quitter la terre droit dans les yeux. Emmener cette nuit pour demander. C'était quoi, ça ? Droit aussi le regard, face à Dieu. C'était quoi ?

Et Dieu de rire, rire. Dieu hoquetant.
C'était pour voir entre deux rires
Pour voir
Relis Job, mon vieux, relis.
Et mon fils – là-haut – Tu revois mon fils,
dans ce grouillement, la sueur et les cris.
Mon fils dans la poussière.
Et personne d'autre autour que des charognards.
Tu as vu ces femmes hystériques appelant
au lynchage ?
Voilà mon vieux.
Et ta tête dans la boue, c'est la sienne
cognant sur les pavés,
traînée dans les crachats.

Il ferme les yeux en hurlant.
Dans la lumière des phares on s'agite
et lui ne voit
et n'entend
que ce rire.

A donner envie de frapper.

Dans la gueule de Dieu, des coups.

A lui faire pisser le sang, des lèvres,

du nez, des pommettes –

La chair de Dieu éclatée

en bouillie

en lambeau.

Deux soldats se saisissent de lui,
Tirent ses bras dans son dos, bloquent
Son corps à coup de genoux et de crosse.
Ta gueule !
Et lui encore tapant, tapant, tapant
Jusqu'à ce déchirement qui enflamme sa poitrine
et ne le laisse que râlant,
immobile.

Et tout à coup ébloui par les phares qui maintenant dessinent les sept trous.

Les soldats le maintiennent droit,
l'obligent à regarder
les enfants qu'on amène,
qu'on traîne.

Dans la poigne des tortionnaires
Les corps tournoient comme ceux d'insectes
autour d'une lampe.
Mais c'est la nuit qui les tient.
Et que dire des voix ?
Des suppliques, des appels,
des gémissements
ou du silence ?

Sarah, adossée à la mitraillette
avance.
On sent son tremblement.
Malgré l'éblouissement,
malgré l'ombre sur le visage,
il devine ses yeux
fixes
noyés dans les siens.
Il les a encore en lui quand elle s'effondre
dans la fosse.

Et ainsi de suite.
Comment dire les autres et l'effort
à chaque fois
pour dominer la douleur de son regard ?
Comme même l'entrevoir ?

Et qu'en voient-ils, eux de l'effroi,
de ces orbites écrasées de lumière ?

le septième petit corps gît là
à quelques pas.

Les phares à nouveau virent, balayent les souches éparpillées,
les militaires qui vont et viennent
en tous sens.

Il attend.
Son tour,
il attend.

Et ne s'aperçoit même pas qu'on l'a lâché
et que l'espace se vide.

Les moteurs s'éloignent.

Il est seul.
Rien à comprendre.

On l'a laissé seul,
pire que mort,
avec la mort des autres.

Et le visage d'un Dieu sanguinolent derrière les paupières.

La pelle à portée de main pour reboucher sept trous.


SIMON

"Bon Dieu Lucien, fais pas le con, redescends!"

 

Après quelques instants de silence,

une longue respiration,

le vacarme reprend – balles, obus, explosion,

jusqu'au clapotis mat des monceaux de terre

qui retombent en giclant.

Il agrippe Lucien par une cheville et tire malgré la boue

qui rend la prise glissante.

Pour y arriver il a dû, lui aussi, escalader le bord du cratère, et, dans un effort de traction il est emporté avec l'autre

dans la mare tout au fond.

"Les enfoirés!"

Lucien beugle.

"Y pouvaient attendre encore un peu, merde! On crève ici…"

Il arrête sa phrase,

et sortent des saccades de rire rauque.

"On crève… tu parles…

on est peut-être encore les seuls encore vivants…"

"A part les planqués

qui tirent dans tous les sens depuis l'arrière…"

La voix de Simon sort du fond de son casque

perdu dans la chute et qu'il s'évertue à remettre.

Mais l'autre couché sur le dos ne semble pas l'entendre

et répète

vivant, vivant, vivant…

il appuie sur chacune des syllabes, vivant, vivant…

jusqu'à peu à peu les séparer et moduler les intonations,

casser le mot,

lui faire rendre l'âme.

 

Mais avant cela – peut-être – ou pendant,

gueule ouverte,

corps secoué il se tord dans la terre.

Simon s'est machinalement couché, tête enfouie sous ses bras

au sifflement.

Un bord du cratère disloqué.

Rien à dire sur le bruit – rien de possible à dire.

Sur ça, sur le reste – rien.

Simon n'essaye même pas d'appeler Lucien.

La boue n'empêche pas l'éclat rouge qui traverse la poitrine,

et le flot qui s'épand.

Il tremble, Simon.

C'est tout.

Recroquevillé au fond du trou, il tremble.

Cinq hommes, a dit le capitaine.
Cinq pour aller à la cabane.
La veille, trois.
Aujourd'hui cinq – pour faire quoi ?
Et avant ?
Les rares qui reviennent… envoyés à l'arrière, désespérément.
Ou alors, comme Guillemet, tête égarée.
Mais voilà, cinq.
Puisqu'ils tirent encore, dit le capitaine.
Ils tiraient encore. Mais qui tirait ?
Justement, il faut voir, dit le capitaine.
Cinq – Berthelot, tu en seras.
Le gamin a pâli – appuyé contre la paroi boueuse,
son corps s'amollit tout à coup.
Un beau salaud le capitaine.
Il vient d'arriver le petit – enfin, il revient – blessé – il revient.
Et
Il a vu là-bas, à l'arrière, les gars aveugles, brûlés,
le corps rongé.
Il a vu.
Et l'a dit hier – le soir, à la lueur des cigarettes.
Il a dit – les gaz – Et le capitaine lui a gueulé de se taire.
Mais le petit a continué –
Ferreri, j'ai vu Ferreri. Je comprenais à peine ce qu'il disait –
allongé, bandé de partout, ses yeux
la voix éraillée, grave, à peine audible.
Quand tu les sens, c'est déjà trop tard.
Alors le capitaine a ordonné le silence –
Voilà –
Cinq.
Berthelot, Delouvier, Petillat, Ferrand; Ledru.
Cinq.
Un abîme s'est creusé entre eux et les autres.
Dans l'ombre
on a senti d'imperceptibles soupirs de soulagement,
et les cinq comme incapables de respirer.
Et puis quelqu'un s'est gratté,
un autre se racle la gorge,
des jurons répétés en sourdine – l'agitation gagne.
Préparez-vous, départ dans cinq minutes – Exécution!
Les autres, à vos postes – exécution!
Et Berthelot accroupi, toujours livide.
Il a sorti de son sac une carte. Il lit à voix haute,
regard dirigé vers le capitaine qui tourne le dos.
"Mon chéri, c'est grande joie : notre petite Marie est là – Elle pleure de ton absence mais nous allons bien toutes les deux. Reviens vite.
Je t'aime. Tous t'embrassent ici."
Le capitaine s'est immobilisé, puis se retourne violemment
en pointant Berthelot du doigt :
"Départ dans cinq minutes Berthelot!"
Cinq minutes –

C'est à peine s'il peut se redresser le petit,
jambe à peine refermée.
Cinq minutes.
Pourra-t-il seulement marcher cinq minutes
dans ce désert éventré ?

Le capitaine passe près de moi.
A dégueuler –
J'ai envie… ou au moins jurer –
Il me dépasse et se retourne encore.
"Moi aussi j'ai une fille Berthelot, moi aussi."
Et reprend sa marche.
"Mon capitaine!"
Ma voix le fait sursauter – Forte, ferme.
"Mon capitaine, c'est pas Dieu possible,
il peut à peine marcher Berthelot!"
Je n'ai même pas réalisé que cette voix sortait de moi,
malgré moi.
Ils me regardent tous.
Le capitaine hésite un instant.
"Quatre minutes Lignol, si tu veux sa place,
quatre minutes – débrouilles-toi."
Ils me regardent encore, me transpercent et me vident.
Et je ne sais plus ce que je fais.
Le monde m'est étranger et, dans la fièvre,
machinalement je prépare mes affaires.

Et voilà.
La main de Berthelot sur mon épaule.
Et sors de la tranchée, le dernier.

Après cent mètre l'enfer s'est rallumé.
Attendre – Tapi dans le creux du chemin – attendre –
Ledru m'engueule.
Et puis tout de même essayer – L'un après l'autre,
sautant de trou en trou.
Cinquante mètres plus loin – des années-lumière –
Petillat planté sur le tas boueux qu'il vient d'escalader,
immobile, face au ciel, s'affale, rouge.
Le déluge.
Une pluie de météores.
Course par bonds, chacun comme il peut, et se terre.
Avant de plonger dans le cratère, j'ai le temps d'apercevoir
la cabane,
un tas de pierres et quelques planches – vide –
Et je tombe sur Lucien.
Il m'engueule encore
jusqu'à la nuit.
Et on se serre l'un contre l'autre
de froid,
de peur.

Maintenant il est là,

Tête posée sur mon cœur – respire à peine –
Sa poitrine est un mélange de chair à vif, de sang poisseux,
et de boue.
Le moindre de mes gestes
semble le déchirer,
et sa main se crispe dans la mienne.
Avec parfois un semblant de regard.

Des heures ici, immobiles.
Morts
pour les autres
morts.
Pour nous, guère mieux – à attendre –
Rien pour Lucien, sinon que cessent les douleurs.
Et moi,
qu'il meurt
pour rentrer, peut-être

Et recommencer.

Des ombres se dressent au bord du cratère
et dévalent vers nous en silence.
Eclairs vifs des baïonnettes.

Seigneur Jésus,
Le nom de la petite à Berthelot,
je l'ai oublié…


RACHID

Quelques instants suffisent.

Comment dire mieux ? Compter ? Un éclair ?

Assez pour que Rachid et ses compagnons voient

dans la poussière

leur fin.

A peine un regard échangé, même plus la peur,

c'est là.

Cou tranché

le sang, le sable, silence.

Soleil au plus haut

écrasant tout,

hors le bourdonnement des mouches avides.

Attente

Angoisse

Découverte des corps.

Sur les hauteurs de la ville,

dans un trou d'ombre anonyme,

Yasmina s'affaire, perdue

sous le sourire du frère

dans les couleurs d'une affiche en papier glacé

Des milliers, seuls et perdus

parce qu'une voix se tait.

Trois cercueils nus, matin pluvieux,
sur la place noire,
Yasmina, de blanc vêtue,
seule face à eux, lit :

« Petite sœur, Yasmina, fleur de mes fleurs… »

Etranglement dans l'inspiration, voile,
et reprend

« Yasmina,
Hier soir j'ai chanté dans la nuit noire,
plus noire que noire.
Alentour dans les rues, cris et heurts.
J'entends encore depuis la salle enfumée, la haine,
et ma voix qui se perd, écrasée.

Mais j'ai chanté
et baigné mon cœur dans les corps dansants,
avec toutes ces poitrines, Yasmina, qui reprenaient mes mots.
Quelle chaleur, Yasmina, quelle chaleur !

Jusqu'à l'aube. Là
nous sommes sortis, mer à nos pieds,
dans la fraîcheur des rues enfin calmes,
épuisés, vaguement ivres, délivrés de la peur.
Chanter libère, Yasmina
et cela seul compte,
ce vent qui fouette le visage, sans cri.

Caresser, Yasmina, caresser,
les mots,
les offrir en baisers sur les lèvres
jusqu'à l'usure,
le fruit rouge de la bouche parfumée,
ou celui de mon sang,
un matin coulant sur nos rêves brisés…. »

Dans les haut-parleurs de la place
la voix s'éteint, et son corps un instant flotte.
On se bouscule autour d'elle
et ce soudain silence rend la foule incertaine.
Des cris jaillissent.
La rage et l'effroi,
mêlés aux youyous qui montes en nuées éparpillées.
Très vite, sur l'estrade, il faut improviser,
et c'est la voix de Rachid qu'on lance,
par-dessus ses portraits, hauts brandis, qui s'agitent
comme les vagues de bras lorsqu'il chantait.

Yasmina revient, pâle
et, doucement,
ses paroles se mêlent à la voix de son frère,
le duo faisant taire le grouillement
qui accompagne le chanteur.

Elle reprend la lettre de Rachid,
la dernière reçue de lui.

« Car ce jour viendra, petite sœur,
ce jour de sacrifice.
Ils sont trop bêtes ceux de nos cauchemars,
pour ne pas croire en cette nécessité
de clouer les mots qui volent
et arrêter le vent.

Alors tu pleureras,
alors vous pleurerez,
mais pas trop longtemps – pense à ton visage, Yasmina,
et la lumière de tes yeux.
Ne les abîme pas, ne les ride pas sous trop de sel desséché.

Chantez !

Des nouvelles chansons, chantez,
des chansons qui sachent redonner au vent
l'envie de danser avec les oliviers.
Des chansons qui ne sont pas les miennes.

Mais celles-là, ne les oubliez pas,

au fond de vos poitrines

laissez les respirer.

Les vôtres, avec des mots fondus au creuset
de vos vies.
Les porteurs de mort ne savent pas, Yasmina,
qu'avec les fruits de leur moisson
ils nourrissent la terre.
Quand tu m'y coucheras
ce sera pour enfouir dans l'ombre bienfaisante
une graine
à aimer et arroser,
fraîche et vivante,
de tes rêves réalisés.

Dans ma mort, Yasmina, dans ma mort,
c'est un enfant à naître. »

Cette fois la voix n'a pas faibli, et se tait
dans un silence
qui couvre les bruits de la ville alentour.

Une longue inspiration.

Elle a fermé les yeux, tangue un peu
puis, regard décidé :

« Aujourd'hui j'ai la haine et je pleure,
la haine et la douleur.
Aujourd'hui, visage ravagé,
je crie aux assassins
buvez vite nos larmes,
buvez, enivrez-vous,
demain déjà
c'est nous
qui boirons
à cette vie que vous nous refusez.
Aujourd'hui, à vous tous ici
je dis, pleurons.
Non pas sur Rachid – sur lui chantons –
pleurons
sur la mort que nous traînons
en nous
et offrons aux bourreaux.
Et malheur à nous
si nous ne sommes pas demain déjà en route,
toutes craintes effacées
et nos visages lavés.

» Sous la pluie qui se fait lourde, la place noire ondule en courants désordonnés, dans l'éclosion éparse des musiques et des chants. Et c'est presqu'une danse qui accueille, puis accompagne les trois cercueils vers la terre printanière.


Après les différents Chemins de Croix plastiques et les tentatives pour écrire, « 1,2,3 » est l'ultime avatar de ces recherches.

EXTRAITS :

Une croix, deux croix, trois croix

et trois types nus sous les regards.

Dérision

Le chef c'est celui qui a le plus gros zizi!

Alors qui?

Rideau brouhaha

Trois corps livrés

Nudité d'après la chute.

Nudité de Caïn surveillé par l'œil.

Nouvelle histoire de regard

œil contre œil.

Le serpent est resté nu - l'humain a dû aller se rhabiller -

Cherchez l'erreur.

La nudité c'était l'émerveillement de tout instant

et qui niera que ça ne l'est pas encore

dans ces brefs instants où l'homme et la femme

se reconnaissent uniques dans le regard de l'autre?

Et puis voilà, une sombre histoire d'arbre et de fruit,

qui sera à raconter différemment tout à l'heure.

Autre arbre dressé

Autre fruit suspendu

Et le serpent? Ecrasé ?

Mais à cet instant qui peut oser parler de fruit?

Il est là nu

nu et sanglant

On l'a déshabillé - C'est le rituel -

Depuis le début il sait cela, et le reste.

Mais peut être cela plus que le reste, plus que le fouet,

plus que les coups

et le poids du bois sur les épaules.

Nu dans ces conditions c'est être moins que moins.

Le roi est nu

Roi c'est écrit sur une planche.

Le roi est nu - Qui a crié dans la foule?

Mais à la différence du roi du conte,

celui-ci sait qu'il est nu

Il le sait et il l'a voulu.

Même devant sa mère perdue dans la foule.

Maman, je retourne contre ton ventre,

et ta chaleur.

Là, je renais

par là, nous renaissons.

Il le sait et l'a voulu - ultime dessaisissement -

Il se laisse mettre à nu pour nous,

pour que nous le puissions aussi

c'est à dire oser aller au bout

de nous mêmes

dans l'abandon, hors de toute possession,

ni être, ni avoir

 

Exister.

Car que seraient-ils devenus tous ceux qui le suivaient,

et nous avec,

s'il était resté?

Des suiveurs

toujours - des suiveurs

tranquilles à mettre leurs pas dans les siens -

Tandis que là…..

Partir - Laisser ce pouvoir pour que les autres vivent vraiment -

Ça aussi, le dénuement

Comment peindre ça? ça et le reste

Comment sans en être déjà là, à ce dessaisissement,

cet exister?

Comment peindre ça alors que justement la peinture

est ce chemin même

cette mise à nu

qui n'est pas une mise à poil.

Peindre n'est pas étaler ses tripes

ou son sexe ni même son âme

Traverser - pas éviter - traverser - nu -

et donner.

Dérisoire

Dérisoire penseront certains

D'un côté un être nu qui va mourir

et face à cela des couleurs

sur des bouts de toile ou de bois

Comment comparer?

A l'aune de ce regard là, tout est dérisoire,

face à toute souffrance sur terre tout est dérisoire.

Mais face à tout geste d'amour?

Jésus nu est

toute souffrance et tout amour - dérision extrême - Rien n'existe.

Ou dire plutôt que justement par là, par ce renoncement et ce don

tout devient possible

même peindre - ou essayer -

voire écrire.

………………………………………………

………………………………………………

………………………………………………

Un

Procès - Voici l'homme -

Et la foule comme toujours prête à suivre

le premier bélier à grande gueule venu.

Qu'il soit juif ou qu'il veuille les exterminer.

A mort le faux rabbi.

Bonne affaire pense Pilate,

ils se chargent eux même de leurs agitateurs!

 

Un

Pourquoi là plutôt qu'à Gethsémani parmi les oliviers

dans le silence écrasant, noir là aussi,

la peur au ventre

et les amis qui ronflent à quelques pas?

ou le baiser désespéré de l'autre ami?

Pour l'unité de lieu, la trajectoire simple, directe,

de la condamnation à l'exécution?

Rentabilité, efficacité

manque que le journal de vingt heures.

 

Souvenir de souvenirs,

souvenir de ces premiers temps du christianisme reconnu

où à Jérusalem

la croix était portée à travers la ville jusqu'au Golgotha?

Ou volonté de commencer par ce silence

qui renvoie tous les autres à leur agitation bruyante,

leurs clameurs.

L'agneau de Dieu se tait

pendant que hurlent ceux qu'on égorge pour la Pâques

et que crient les égorgeurs.

Jubilation des assoiffés de sang.

Tient

voilà du boudin, voilà du boudin, voilà du boudin…..

Gueule dans le caniveau,

ce rouge c'est toi qui le pisse!

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Onze, martèlement

et entendez l'écho sur les murailles de Jérusalem

du fer qui s'enfonce à chaque vibration de l'air.

Onze, même le ciel s'effare.

Où sommes-nous, qui sommes nous? Yeux aveuglés, au fond

du gouffre

avant même d'être en terre - tout au fond.

Et voilà onze, dressé. Yeux aveuglés regardez!

Du fond il s'élève.

On l'élève, soleil déterré pissant le sang.

Tremblez murailles de Jérusalem, et accueillez

cette viande qui pend

sur le bois d'infamie.

On vous l'offre pour la peur

elle s'offre pour l'espoir.

Onze, qui gagne perd - Je te tue: naissance!

 

Onze, l'absurdité.

Le tréfonds du drame de l'humanité;

un clou pour chaque martyr,

torturé, humilié, menacé, massacré, dévoré par la haine,

innocent ou coupable.

 

Exécuté - Circulez, y a rien à voir!

Si, un futur cadavre qui crie son abandon dans la nuit,

des femmes qui pleurent,

des badauds qui pique-niquent, litron de rouge en bandoulière

à moins qu'ils ne sifflent des bières affalés devant le petit écran.

Onze, penalty! Face à face avec l'Ankou,

mais c'est notre mort qu'il regarde, et défie.

 

Onze, trou

et du trou s'élance la croix, et sur la croix,

au cœur de la croix,

rayonne le nouveau fruit,

l'arbre renaît à la vie,

planté par ceux là mêmes qui ne pensent qu'à la mort.

 

Onze, la croix des origines tient son accomplissement,

terre et ciel dans l'unité.

Onze, la vie est possible, protégée par le signe d'Ézéchiel revivifié,

Taw vivant,

et Isaïe rencontre enfin son Serviteur.

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