JOURNAL 58

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Publié le mercredi 28 novembre 2018 à 20:56

JOURNAL 58 … Place nette sur la table à dessin. Les livres empilés ont rejoint leurs étagères, et toutes les réflexions concernant la conférence « 1914/1918 : L’art en question » sont priées d’aller se ranger dans un tiroir du cerveau, fermé. Pas si facile à l’heure du bilan où remontent bien des remises en question.

            Place nette côté peinture de l’atelier, qui sommeille depuis le « coup de feu » du printemps et début d’été. Rangements, nettoyages, et mise en place pour les œuvres à venir. 

            C’est Van Gogh, abandonné lui aussi depuis des mois, piaffant, qui ouvre les chantiers avec la reprise de l’étude systématique de sa correspondance. Me voilà à mi-chemin des 902 lettres connues actuellement : 819 du peintre et 83 de correspondants divers. Une somme où se côtoient de merveilleuses descriptions, véritables hymnes à la nature, tirades conflictuelles rébarbatives avec son frère Théo, et informations fondamentales, passionnantes sur son travail. Bref, une ouverture capitale sur la vie et l’œuvre, et la révélation d’un véritable écrivain.

            Je reprends le travail alors que Van Gogh est au mitan de sa vie de peintre en 1885. A Nuenen, dans le Brabant près d’Eindhoven, il peint des tisserands, araignées sombres prises dans la toile de leurs métiers gigantesques, et glisse insensiblement vers les paysans. Moment de basculement dans la vie et l’œuvre, où la mort du père se mêle à l’aventure des recherches menant à la réalisation des « Mangeurs de pommes de terre » (images 1 et 2), première « composition » d’importance aboutie, et fruit de la mise en pratique d’une réflexion nouvelle sur les couleurs et leurs rapports. Aucune œuvre du peintre ne sera autant préparée ; avec une cinquantaine de portraits peints, et encore plus de dessins, malheureusement disparus pour la plupart. Aucune ne sera autant commentée dans les lettres. Avec cette peinture nocturne, c’est la mise à l’écart du noir et du blanc par les rapports et mélanges des trois couleurs bleu, jaune et rouge qui lui permet de maîtriser aussi bien les nuances des ombres que les éclats lumineux. Sa réflexion va jusqu’à donner les indications sur la couleur or, cuivre, ou « blés mûrs » du fond, sur laquelle on doit la regarder. C’est l’ouverture par laquelle il sera prêt, l’année suivante, à rencontrer le monde inconnu pour lui des impressionnistes, et y faire exploser la couleur.

            Mais il y a plus, car ce travail sur les couleurs à aussi un sens, et doit nous « dire » ce qu’il en est de ceux qui sont là autour de la table :

            « Et puis, il y a les carnations – je sais bien que si on les considère superficiellement, c’est-à-dire sans y réfléchir vraiment, elles ressemblent à ce qu’on appelle les carnations.

            Cependant, quand j’ai commencé le tableau, je les ai peintes ainsi – avec un peu d’ocre jaune, d’ocre rouge et de blanc, par exemple.

            Mais c’était trop clair, et ça n’allait décidément pas.

           Que faire ? j’avais fini toutes les têtes, et plutôt avec grand soin – mais je les ai promptement repeintes sans merci et la couleur qu’elles offrent maintenant est à peu près celle d’une bonne pomme de terre bien poussiéreuse, non épluchée naturellement.

           En procédant ainsi, j’ai pensé encore à ce qui a été dit si justement des paysans de Millet : « Ses paysans semblent peints avec la terre qu’ils ensemencent. » 

            Côté atelier de peinture, ce ne sont pas moins de 23 « supports » qui viennent d’être préparés, aussi bien pour l’acrylique que pour la tempéra. Des petits formats pour se laisser prendre plus facilement à la liberté d’invention. Ce qu’on peut appeler un échauffement (images 3 et 4, qui montrent quelques débuts en cours). Attendent aussi quelques peintures à peine ébauchées en début d’été qui devraient voir un avenir plus riche bientôt. Et avec tout ça un projet sur les « Dormants d’Ephèse » qu’il faut laisser mûrir au fil des flâneries commencées.

A suivre ! 

            Et pour finir, un petit tour au cinéma Arletty d’Autun qui continue de nous offrir des bijoux. Parmi ceux-ci :

         Courant, mais il fallait y courir : « Dilili à Paris », dessin animé de Michel Ocelot qui nous plonge en pleine « Belle Epoque ». Une merveille de finesse, d’humour intelligent et de beauté. Un rêve !

            Courageux, pour le cinéaste et les cinémas : « 6 portraits XL » d’Alain Cavalier. Six personnages cernés de près par une caméra pleine d’empathie, présentés en trois duos minimalistes, trois semaines de suite. Quand le cinéma rejoint le grand art !

         Audacieux, le pari de commencer la saison « Opéra » avec « Les Huguenots » de Meyerbeer. 4h30 de musique oubliée … bien injustement. Décidément, je crois que j’aime l’opéra et tous ses artifices ! Je ne jurai que par Mozart, mais depuis un an avec ces retransmissions cinématographiques je me régale à chaque découverte, transporté ailleurs.

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