JOURNAL 57

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Publié le jeudi 25 octobre 2018 à 05:40

JOURNAL 57 … L’automne est là avec sa lumière douce, et j’en suis toujours à traverser les saisons artistiques du début XXème siècle qui passent abruptement de l’été torride de l’année 1905 où « fauves » français et « expressionnistes » allemands font exploser les couleurs, à l’hiver dramatique où les mêmes se font face dans les tranchées.

            Frères d’art, et non frères d’armes, ils se sont tirés dessus !

            Il y a eu les morts, les héros, les survivants, souvent transformés.

            Et la vie qui continue, dans la sueur des femmes aux champs ou à l’usine, comme dans les ateliers de ceux qui ne sont pas « partis », exemptés, étrangers non concernés … et ceux qui ont refusé d’aller planter une baïonnette dans le ventre de celui avec lequel ils inventaient le monde peu auparavant.

 

            Un artiste, même immergé dans la mort, reste un artiste. Et, dans un monde en guerre, la pulsion de vie nécessaire pour aller au-delà passe par l’art.

            1914, Picasso accompagne au train qui le conduit au combat son complice George Braque, avec lequel il a « inventé » le cubisme. Braque, vite blessé, trépané, ne reprendra les pinceaux que 2 à 3 ans plus tard.

            Ils ne se retrouveront plus jamais vraiment.

            Picasso l’espagnol s’enferme dans son atelier parisien, comme d’ailleurs Matisse, exempté. Ces frères ennemis, qui vont dominer l’art français de la première moitié du siècle, produisent pendant les années de guerre un art beaucoup plus « sage » qu’avant, avec même une certaine raideur, crispation. Retour aux formes « classiques », loin de ses déconstructions cubistes, chez le premier. Envahissement du noir, abandon des arabesques dansantes chez l’autre.

            Pendant ce temps, ce qui était en germe en Allemagne, France et Italie va éclore ailleurs, en particulier en Suisse, Russie et Pays Bas. Eclore, mûrir, fructifier, et nourrir l’art jusqu’à la guerre suivante, voire au-delà.

            Parmi ces fleurs, il en est une, étrange, apparue dans plusieurs jardins artistiques en même temps. Appelée non-objective, abstraite, informelle, suivant les lieux et les époques, elle s’impose dans la vie artistique jusqu’aux années 60, pour être supplantée par d’autres quêtes et tomber en disgrâce.

            On considère que le premier a avoir fait le pas d’une peinture sans aucun rapport avec une représentation quelconque est le russe Wassily Kandinsky vers 1910 à Munich. C’est par une succession de sensations et interrogations que le peintre a pris conscience de cette possibilité, avec deux évènements majeurs. L’émotion devant la force de la matière colorée d’une « meule » de foin peinte par Claude Monet, sorte de magma incandescent vue de près, mais objet bien compréhensible dés qu’on s’éloigne. Et, surtout, le coup de massue reçu un jour où, entrant dans son atelier au coucher du soleil, il découvrait une peinture inconnue, vibrante d’une intensité bouleversante. C’était une de ses peintures posée sur le côté, méconnaissable ainsi. Seules vivaient les formes et les couleurs, sans rapport avec la chose représentée qui, non seulement semblait inutile, mais devenait gênante.

            J’ai évoqué, dans le Journal précédent, Kazimir Malevitch, autre russe, et la fulgurance de son passage en quelques mois d’une figuration cubiste au radical « Carré noir », remise en cause de toute la peinture, mais néanmoins vraie peinture elle-même.

            Le troisième a un parcours encore différent, encore plus lent. C’est le méthodique hollandais Piet Mondrian, qui abstrait au plein sens du terme, c’est-à-dire ne garde par choix successifs que ce qu’il estime essentiel, universel, de ce qu’il voit, éliminant toute anecdote. Long cheminement sur plusieurs années pour passer de la nature à des constructions orthogonales de formes, lignes et couleurs, pour elles-mêmes, par elles-mêmes.

 

            J’ai raconté dans le JOURNAL 38 de février 2017, mes premiers pas dans ce monde de l’abstraction 50 ans auparavant, et mon rapport avec celle-ci et la figuration. Les images de ce JOURNAL donnent une idée de l’évolution durant les 20 premières années d’abstraction, à travers 4 expositions.

            Image 1, exposition dans les salons de l’hôtel du Louvre à Menton en 1975, avec une œuvre en sérigraphie « Mur vert pour le Chili » de près de 10m de long, très gestuelle, en totale improvisation. Œuvre disparue.

            Image 2, exposition « Accrochages 82 » au Centre d’arts plastiques de Villefranche sur Saône en 1982, avec, par ordre chronologique, à droite « Le vieux cimetière de Menton » (légèrement tronqué à droite) de 1975. Grande « machine » de 4x2m, peinte au rouleau, comme la plupart des œuvres de cette époque, évoquant le merveilleux cimetière qui domine la vieille ville et la mer. Œuvre détruite. A gauche, « Beckett 2 » de 1980, deuxième hommage à l’écrivain irlandais et amorce du travail structuré par les « aplats » colorés, typique du début des années 80, dont « Feu », au centre, donne une version plus animée par la matière.

            Image 3, exposition à l’office de Tourisme de Charolles en 1983, avec 3 œuvres dans la ligne du « Beckett » : de gauche à droite : Dispersion, Désir 1, Diadème, toutes de 1982.

            Image 4, exposition dans le cloître du Prieuré de Paray le Monial en 1993, grande « rétrospective » sur 20 années de travail dans cette ville.

 

AGENDA

Conférence « 1914/1918 : l’art en question » 

 

En Auvergne à

VIC LE COMTE

le mercredi 7 novembre à 20h30

Couvent des dames (Médiathèque) 

En Morvan à

LAIZY

le mercredi 14 novembre à 18h30

Mairie

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