JOURNAL 55

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Publié le mardi 28 août 2018 à 07:47

 

JOURNAL 55 … Chazeu, son moulin, sa lumière, la douceur de l’Arroux et la richesse des dialogues avec les visiteurs de l’exposition « Quelques femmes … » sont à peine du passé que l’ouverture de « L’Etable » du Bas du Riaux se prépare (image 1). Petit prolongement et séance de rattrapage pour les absents de juillet. Moyen pour tester ce lieu qui devrait permettre aux œuvres, anciennes et nouvelles, de vivre en s’offrant aux regards. 

            Mais l’été autunois a été riche en autres manifestations artistiques. Parmi celles-ci, après la biennale d’Art Sacré l’année dernière, c’est une autre biennale, d’Art Contemporain, « ART AUTUN » qui s’est déployée dans 3 lieux de la ville. Initiée par deux artistes belges, Reniere & Depla, installés à Autun, elle réunissait 22 créateurs nordistes invités à « donner conjointement forme au passé que la Flandre et la Bourgogne ont en commun ». Ce programme peut expliquer les deux principales caractéristiques de l’évènement : le réalisme – voire l’hyperréalisme -, et l’attention portée à la grande maîtrise technique d’œuvres majoritairement picturales. Un art contemporain plutôt sage, un brin passéiste, jusqu’à « inviter » le merveilleux Léon Spilliaert … mort en 1946 (image 2). Ce parrainage se révèle d’ailleurs emblématique de l’esprit dominant cette exposition à tendance sombre, parfois pesante jusqu’au malaise.

          C’était en particulier le cas dans le premier, et principal, lieu d’exposition, l’ancien hôpital Saint-Gabriel. Noir c’est noir ! Longs couloirs bordés des chambres vides, avec les restes de tuyauteries et les murs aux couleurs acidulées, craquelées et délavées. Il y règne encore une vague odeur médicamenteuse. Sur 2 étages les œuvres s’égrènent comme des patients perdus cherchant désespérément le personnel médical. Leurs appels se heurtent à l’abandon du lieu. Silence. Ils ne sont pas en cause, et même certains arrivent à délivrer leur belle lumière vivante, comme les grands fusains sur toile de Maaike Leyne. Mais le visiteur, submergé par une morbidité encore pleine des déchirures humaines vécues là, ne peut pas atteindre la vie proposée par les artistes.

            Vaincu, j’ai rebroussé chemin à l’entrée du bloc opératoire. 

         Le musée lapidaire Saint-Nicolas, avec sa chapelle romane, son pommier et sa collection de stèles gallo-romaines, s’annonçait plus chaleureux. Tellement chaleureux, plein de la vie de ces visages de pierre qui vous regardent fixement, que les quelques sculptures présentées là, comme pétrifiées, semblent ne plus pouvoir respirer.

Était-ce bien raisonnable de vouloir faire dialoguer flamands et bourguignons au temps des gaulois ? 

Restait le musée Rolin, résidence officielle de la célèbre « Eve » d’Autun (voir Journal 43 de mai 2017), mais aussi d’un des chefs-d’œuvre de l’art flamand du XVème siècle, la « Nativité au Cardinal Rolin » de Jean Hey, parmi un ensemble de haute tenue allant du gallo-romain au XXème siècle. Là, le miracle opère. Les quelques œuvres réparties dans les collections semblent à leur aise, papotent, ou dialoguent sérieusement comme ce « portrait » fantomatique peint par Tinus Veermersche avec les œuvres du XVIIème siècle (image 3). Comment se fait-il que j’aie totalement oublié les peintures de celui-ci montrées à l’hôpital St. Gabriel ? Pourquoi les solides œuvres de Reniere & Depla rament-elles pour exister dans un cas alors qu’une miniature des mêmes auteurs rayonne dans la salle Charlot ? En tous cas, malgré ma résistance à ce type de travail, je suis même arrivé à me régaler du clin d’œil de cette « Tatiana » de Op de Beeck (image 4) tournant le dos aux batailles d’Horace Vernet, affairée avec sa bulle de savon. Légèreté de l’éphémère, rappel que toute œuvre d’art n’est qu’un petit souffle de vie, tout petit. 

Mais la vie ne peut s’épanouir que dans un milieu propice, et s’il est bel et bon que l’art se déploie dans des lieux autres que ceux dédiés « officiellement » à la culture, et les réussites ne manquent pas en ce domaine, encore faut-il que ce soit en terrains fertiles et accueillants. Tout travailleur de la terre sait que rien ne pousse sur cette terre si elle est morte, et il suffit d’avoir beaucoup fréquenté des lieux chargés de passé, y avoir vécu, pour saisir la force de ceux-ci, et l’humilité nécessaire pour y introduire une vie nouvelle, autre. Bien des entreprises culturelles actuelles (mais est-ce si nouveau ?), oubliant cela, s’apparentent à de la colonisation. Il est possible que dans le cas présent, si les œuvres présentées au musée Rolin chantent c’est que le lieu vit d’origine dans l’aventure proposée par cette biennale.

J’ose espérer que la colonisation que nous avons fait de l’étable au Bas du Riaux sera acceptée par les mânes des vaches qui l’ont occupé par le passé. Pour l’instant l’accord semble se faire et, pour ceux qui le peuvent, la première occasion de le vérifier sera très vite l’exposition début septembre 

ETABLE OUVERTE à BRION

Du 6 au 16 septembre

De 15h à 19h du jeudi au dimanche

Et sur RV les autres jours 

D’autre part, je serai présent par quelques œuvres à MACON lors de l’exposition

            BEAUX-ARTS ETC.2018

            Du 4 au 16 septembre

            Salle François Martin – Espace Carnot-Montrevel

            Ts les jours de 10 à 12h et de 14 à 18h

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